Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/56

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qui la gardaient. En un rien de temps, il fut enchaîné les mains derrière le dos, tandis que la femme du Rey pleurait et se lamentait disant d’une voix bien piteuse :

— Oh ! mon pauvre Martissou ! c’est moi qui en suis la cause ; pardonnez-moi, je croyais bien faire !

— Non, non, Catissou, vous êtes une bonne femme et les vôtres sont de braves gens, mais j’ai été vendu par quelque canaille. Adieu à tous, et merci ! cria-t-il comme on l’emmenait.

En arrivant à l’endroit où étaient les chevaux, mon père vit Jansou qui les tenait.

— Ah ! c’est toi qui m’as vendu, gueusard !… Si jamais je sors, tu es sûr de ton affaire !

Là-dessus, les gendarmes lui attachèrent au cou une corde, que l’un d’eux tenait en main ; puis, étant remontés à cheval, ils mirent le prisonnier entre eux et l’emmenèrent.

Cette canaillerie ne porta pas bonheur à Jansou. Une fois qu’il eut ses deux louis, lui qui n’en avait jamais vu, il se crut riche. Mais ils ne durèrent pas longtemps, car le nouveau régisseur du château mit des métayers dans les domaines tenus en réserve, de manière qu’il n’y eut plus d’ouvrage pour lui. Dans le pays, personne ne se souciait de le faire travailler, à cause de sa méchante action, et ainsi, bientôt ayant mangé les deux louis, lui et les siens prirent le bissac et disparurent. Encore aujourd’hui de ces côtés, lorsqu’on veut parler d’un