Ce coup inattendu l’avait foudroyé.
Violette le considéra un instant avec une profonde pitié. Puis, à pas très lents elle quitta le grand salon au moment où l’horloge tintait minuit comme un glas funèbre.
Désormais entre le père et la fille la rupture était définitive.
Harold Spalding l’avait dit :
— La question devait être tranchée… !
V
RUE SAINT-LAZARE
Jules Marion avait quitté l’hôpital, et depuis quinze jours il était installé chez l’abbé Marcotte, rue Saint-Lazare.
L’abbé avait mis son petit salon à la disposition de son cher convalescent.
C’est là que Jules Marion passait ses longues journées, fumant des cigarettes, causant avec l’abbé écoutant ses lectures et songeant beaucoup à Violette demeurée à l’hôpital et très malade — à Violette qu’il n’avait pas revue durant ces quinze jours — quinze siècles d’agonie — à Violette qu’il désespérait de revoir !…
Pourquoi ce désespoir ?
D’abord Violette était très malade, nous l’avons dit et cette pensée plongeait notre héros dans une vive et profonde inquiétude.
Ensuite, l’abbé avait reçu, deux jours après la sortie de Jules de l’hôpital, une petite note très brève, très précise et sans appel, ainsi conçue :
Monsieur l’abbé. — Après un entretien que j’ai eu ces jours derniers avec ma fille, j’ai décidé d’entreprendre la présente démarche. Vous me paraissez être l’intermédiaire entre Jules Marion et Violette ; or, comme tel, je vous somme d’empêcher à l’avenir tout rapprochement entre eux. Le jour où j’apprendrai que ma fille s’est donnée à votre protégé, ce jour-là, je la déshériterai et la maudirai. Et vous serez responsable des catastrophes qui pourront éventuellement atteindre soit ma fille, soit votre protégé, ou tous les deux à la fois.
Cette note, l’abbé l’avait comprise en frémissant : c’était le dernier mot de Harold.
Le prêtre en avait donné lecture à Violette et à Jules. Violette était tombée malade.
Un sombre désespoir s’était emparé de Jules. Mais le vénérable et dévoué prêtre n’abandonnait pas son protégé… son fils, comme il se plaisait de dire souvent.
Un soir, un peu après huit heures, au moment ou l’abbé Marcotte donnait lecture au lieutenant des rapports militaires du jour, le timbre de la porte d’entrée vibra violemment.
De sa cuisine Pascal courut ouvrir.
Devant lui il trouva une inconnue en grand deuil, la figure cachée derrière un long voile noir.
L’inconnue demanda à voir l’abbé.