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LES CACHOTS D’HALDIMAND

et devant les hommes le lieutenant Daniel Foxham d’avoir fait jeter mon père en prison, et je l’accuse de sa mort !

Et Louise, grave et belle, rejeta le capuchon de son manteau sur ses épaules.

Foxham chancela et ferma les yeux.

Mais aussitôt, le président de cette cérémonie s’approcha jusqu’à la table, releva son capuchon et demanda, en mettant son visage entre les deux flambeaux :

— Foxham… me reconnais-tu ?

Foxham voulut parler… un hoquet parut étouffer sa voix dans sa gorge.

Et Saint-Vallier parla à son tour :

— Moi, Hector Saint-Vallier, j’accuse devant le Christ et devant les hommes le lieutenant Daniel Foxham d’avoir assassiné en mer Pierre Du Calvet et son fils, Louis !

Puis il ajouta d’une voix terrible :

— Daniel Foxham… es-tu coupable ou non coupable ?

Foxham, à la profonde stupéfaction de tous, tomba sur les genoux et cria :

— Grâce ! grâce ! grâce !…

— Tu avoues ? demanda Saint-Vallier d’une voix tonnante.

— Je suis coupable ! prononça Foxham d’une voix à peine distincte, à genoux, oscillant, livide. On eût dit qu’il allait tomber frappé à mort par l’épouvante.

Saint-Vallier marcha vers le gong.

Alors Margaret Toller, se leva, marcha rapidement à Saint-Vallier, le saisit par un bras et, les larmes aux yeux, cria :

— Grâce pour lui !

Saint-Vallier tressaillit et regarda sa femme qui murmura, suppliante :

— Grâce pour lui !

Saint-Vallier frissonna et regarda Chartrain.

Celui-ci branla la tête et dit d’une voix sourde :

— Pas de grâce !

Foxham pleurait et gémissait :

— Grâce ! grâce !…

Alors Saint-Vallier parla ainsi :

— Margaret Toller et vous Louise Darmontel vous demandez grâce pour cet homme dont les mains sont encore teintes du sang de nos parents et de nos amis ? Soit !… Mais je vous le dis, et il me répugne autant qu’à vous de tuer froidement et de manquer aux enseignements de notre religion qui nous dit : « Pardonnez… », mais je vous le dis, cet homme se vengera ! Quant à moi, ma conscience me dit que je dois protéger ma vie et les vôtres ! En me demandant la grâce de cet homme, que je ne peux vous refuser, vous vous condamnez à mort ! Soit !…

Et sombre, terrible, Saint-Vallier se tourna vers les deux hommes qui se tenaient près de Foxham et commanda :

— Déliez cet homme, il est libre ! Que Dieu se réserve de le châtier !

Foxham esquissa un sourire imperceptible et se releva.

Ses mains furent libérées.

Saint-Vallier lui montra la porte en disant :

— Deux de mes hommes vous déposeront à terre… allez !

Alors Foxham poussa un rugissement terrible, se rua vers la table, saisit le pistolet qui s’y trouvait, ajusta Saint-Vallier une seconde et rugit :

— Meurs ! maudit Saint-Vallier !

Une forte détonation emplit la salle… Mais Saint-Vallier ne tomba pas, une ombre humaine s’était écrasée à ses pieds, une ombre humaine qui s’était précipitée et qui avait reçu la balle du pistolet… c’était Margaret Toller !

Les deux gardiens de Foxham s’étaient aussitôt jetés sur lui et l’avaient de nouveau réduit à l’impuissance.

— Qu’il meure ! commanda Saint-Vallier.

En pleurant, Louise Darmontel se jeta au cou de son mari et supplia :

— Pardonne encore !…

— Jamais ! rugit Saint-Vallier.

Il repoussa sa femme et alla frapper rudement le gong.

Deux hommes entrèrent apportant des chaînes en tout semblables à celles dont s’était servi Foxham pour jeter à la mer Du Calvet et son fils.

Le silence régnait de nouveau dans la petite salle, Foxham avait été entraîné sur le pont du navire.

Cinq minutes se passèrent, puis dans la porte un homme vint prononcer ces paroles :

— C’est fini !

Alors Saint-Vallier se découvrit, leva les yeux vers le crucifix et prononça :

— Dors en paix, Du Calvet, tu es vengé :


FIN