nouveaux, et surtout par ses fredons extravagans, a surpassé tous ceux dont je me plains. »
Phrynis et Timothée furent donc les premiers musiciens-poètes qui altérèrent le caractère de l’ancienne musique grecque, et qui commencèrent à y introduire des ornemens étrangers qu’ils avaient pris dans la musique de l’Orient. Cette transformation de l’art eut lieu environ quatre cent cinquante ans avant l’ère chrétienne. S’il pouvait y avoir quelque doute à l’égard de l’origine orientale de ces ornemens, il me semble qu’ils seraient dissipés par un passage d’Aristophane, cité par Plutarque et tiré d’une comédie qui n’est pas venue jusqu’à nous. Dans ce fragment, où il s’agit d’un musicien nommé Philoxène, la Musique s’exprime ainsi : « C’est lui qui, me rendant plus lâche, plus molle et plus flexible qu’un chou, m’a entièrement remplie de fredons discordans, trop aigus, et qui n’ont rien que de profane et de licencieux. » Aristophane exprime le genre des ornemens, des fredons introduits dans la musique par le mot niglaros[1], mot grec qui, suivant le lexique d’Hésychius, signifie des ornemens superflus dans le jeu des instrumens[2]. Or, dans le lexique onomastique de Pollux[3], on voit que niglaros était une petite flûte égyptienne. Il me semble que l’analogie est ici frappante, et qu’elle fait voir jusqu’à l’évidence que les ornemens dont se surchargea la musique grecque, au temps de Timothée, de Phrynis et de Philoxène, avaient été empruntés à la musique des peuples de l’Orient, et particulièrement aux Égyptiens, chez qui beaucoup de philosophes, de poètes et d’artistes grecs avaient voyagé. Avec ces ornemens s’introduisirent les instrumens polycordes, indispensables pour l’exécution d’un genre de musique qui embrassait une échelle de sons beaucoup plus étendue que celle pour laquelle l’ancienne lyre des Grecs avait été faite.
- ↑ Voici le texte grec :
Ἐκαρμονίους ὑπερβολαίοις τε δὐοσίονς
Καὶ νεγλάρους, ὣσπερ τε τὰς ῥαφδύους ὃλην
Κάμωτων με κατεμέστωσε - ↑ Νίγλαροι, τερετίσματα, περίεργα κρουματα
- ↑ Lib.4, c. 10, sect. 81.
Il serait difficile de décider aujourd’hui si cette flûte appelée niglaros par Pollux est celle qui a été appelée ginglaros par d’autres auteurs, et qui était certainement une flûte égyptienne. Sebert, dans son édition de Pollux (Francfort, 1608), a substitué ginglaros à niglaros, et il a été imité par d’autres éditeurs ; mais les manuscrits et l’édition d’Amsterdam ont niglaros.