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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/101

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

Après les conquêtes d’Alexandre et l’établissement de ses successeurs en Égypte, le caractère primitif de la musique des Grecs se perdit chaque jour davantage et celui de la musique orientale devint de plus en plus dominant. Tels ont été les progrès de cette révolution de l’art, qu’au huitième siècle, ces ornemens avaient passé dans le chant de l’église, que saint Jean de Damas, réformateur de ce chant, n’y trouva rien à changer sous ce rapport, et qu’il est encore aujourd’hui tel qu’il était alors. Les chants populaires de la Grèce sont aussi surchargés de ces ornemens, et ce n’est que par le caractère rhythmique de la poésie qu’on distingue des différences entre ces chants et ceux de la Perse et de l’Arabie.

Deux époques essentiellement différentes doivent donc être distinguées dans l’histoire de l’art musical des Grecs : l’une, qui s’étend depuis l’expédition des Argonautes jusqu’au milieu du cinquième siècle avant l’ère chrétienne, et qui renferme un espace d’environ huit cent cinquante ans, appartient à la musique simple et tire son origine de l’Occident ; l’autre, qui commence vers l’année 1140 de l’ère attique, ou −4270 de la période julienne, et qui se développe jusqu’à nous, conduit par degré la musique primitive depuis la dégénération jusqu’à la transformation complète en musique du système oriental. C’est pour n’avoir pas fait cette distinction que les historiens de la musique n’ont pu concilier les contradictions apparentes qui se rencontrent chez les écrivains de l’antiquité, et qu’ils ont fait tant de dissertations à vide. Par l’exposé historique que je viens de faire, je crois n’avoir laissé de doutes ni sur l’existence de ces deux époques, ni sur les différences qui distinguent les deux systèmes de musique. Le second nous est connu : il me reste à faire voir ce qu’était exactement le premier. C’est à celui-ci qu’appartiennent les prodiges attribués à la musique des Grecs.

Alors que des multitudes d’inventeurs brillaient dans la Grèce et faisaient marcher de concert et les progrès de la musique et ceux de la poésie, on paraît avoir peu réfléchi et encore moins écrit sur la théorie de l’art. Pythagore semble avoir été un des premiers qui tournèrent leurs pensées vers les spéculations de cette théorie. Dire en quoi consistèrent précisément ses travaux serait difficile, car il ne reste de ce grand homme que des traditions plus ou moins incertaines. Il n’a rien écrit, et les ouvrages qu’on a attribués aux premiers pythagoriciens, c’est-à-dire à ses disciples immédiats, sont depuis long temps considérés comme apocryphes. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que Pythagore fût un de ces hommes rares qui nais-