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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/103

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

de pure invention, que l’oreille seule juge des rapports des sons, et qu’elle n’admet que ceux qui font tous les tons égaux entre eux. La dispute qui éclata alors entre les partisans de Pythagore et ceux d’Arîstoxène sur les droits du calcul ou sur ceux de l’oreille, pour l’appréciation des intervalles musicaux, cette dispute, dis-je, dure encore, et l’on n’a pas fait un pas vers la vérité depuis plus de deux mille ans. On reproduit aujourd’hui les objections qu’on faisait alors, et l’on ne s’entend pas mieux sur les conclusions qu’on en tire. Les bases de toute la musique moderne sont pourtant dans cette question : qu’on juge d’après cela de la solidité de savoir de ceux qui ont fait l’art et la science !

Aristoxène, dont je viens de parler, est le plus ancien écrivain grec dont un traité sur la musique est parvenu jusqu’à nous. Parmi les musiciens qui l’ont précédé, on connaît beaucoup de noms d’inventeurs dans la pratique ; fort peu de théoriciens. Cela vient sans doute de ce qu’on réfléchit peu sur les arts aux temps où l’imagination est active : les recherches spéculatives commencent alors que l’invention perd de sa fécondité. Jamais cette transformation des facultés humaines ne fut plus sensible que chez les Grecs. Jusqu’au temps d’Aristoxène les créations de formes et de rhythmes dans la poésie lyrique et dans la musique se succèdent avec une rapidité qui tient du prodige ; mais à l’époque où vécut ce philosophe, il semble que tout ait été fini pour l’imagination des poètes et des musiciens, et que l’invasion de l’art étranger ait anéanti l’art original. Or, c’est précisément à cette époque que commence l’ère de la théorie, de l’histoire et de la littérature de la musique.

J’ai déjà dit que ce qui nous reste des écrivains grecs sur la musique est en général dogmatique et peu propre à nous donner des notions des effets de l’art. Cette observation s’applique surtout au traité des Élémens harmoniques d’Aristoxène, ouvrage écrit avec peu de clarté, et que l’ignorance des copistes a rempli de désordre et de transpositions. Nous n’y pouvons puiser de lumières que sur la constitution du système de tonalité et sur l’échelle des sons ; sous ce rapport même il est inférieur à un autre ouvrage écrit par Aristide-Quintillien, long-temps après la mort d’Aristoxène. Dans celui-ci la méthode est lucide partout, et l’on y peut trouver des renseignemens plus précis et mieux exposés sur le système musical des Grecs que dans aucun autre ouvrage du même genre. C’est ici le lieu de présenter un aperçu de ce système.