Dans l’origine de la musique grecque, l’échelle des sons n’en renfermait que quatre, et le mode d’arrangement de ces sons était unique ; il s’appelait le mode phrygien. Les Grecs faisaient remonter l’invention de ce mode au temps de Hyagnis, environ mille cinq cent dix ans avant l’ère chrétienne.
Les quatre sons du mode phrygien répondaient aux quatre notes que nous appelons mi, fa, sol, la. Plus tard, ainsi que je l’ai dit, les modes dorien et lydien furent inventés. Les sons du mode dorien répondaient aux notes de la musique moderne mi, fa dièse, sol, la ; ceux du mode lydien à mi, fa dièse, sol dièse, la. Dans ces trois modes, les quatre sons formaient ce qu’on appelait un tétracorde, c’est-à-dire une succession de quatre cordes, parce que les quatre cordes de la lyre ou de la cithare étaient accordées à l’unisson des quatre notes de l’un ou de l’autre mode, suivant que les chants que ces instrumens devaient accompagner étaient dans les modes phrygien, dorien ou lydien.
La disposition des sons dans chaque mode présentait un caractère distinctif qui imprimait aux mélodies de ce mode un effet qui ne pouvait se confondre avec celui des mélodies d’un autre mode. Dans le phrygien, le demi-ton était entre la première note et la deuxième ; dans le dorien, il était entre la deuxième et la troisième ; dans le lydien, entre la troisième et la quatrième. Le mode dorien répondait à la première partie d’une gamme mineure, et le lydien à la première partie d’une gamme majeure ; quant au mode phrygien, il n’a pas d’équivalent dans la gamme de notre musique, mais il a été conservé dans celle du quatrième ton du plain-chant de l’église romaine.
On aurait peine à croire que la musique d’un peuple sensible et avancé dans la culture des autres arts fut bornée à un si petit nombre de sons pendant un long période de plus de neuf cents ans, si le témoignage de beaucoup d’auteurs anciens ne nous garantissait l’exactitude du fait, et si Terpandre, qui le premier porta l’échelle des sons jusqu’à sept, n’avait dit, dans les deux vers que j’ai déjà cités :
Pour moi, prenant désormais en aversion un chant qui ne roule que sur quatre sons, je chanterai de nouvelles hymnes sur la lyre à sept cordes.
Il ne faut pas dissimuler pourtant un passage de dialogue sur la musique de Plutarque, où il est dit qu’Olympe avait fait usage de l’heptacorde ; mais cet Olympe n’était vraisemblablement pas l’ancien, et d’ailleurs, il se peut que l’échelle de sept sons ait été connue avant Terpandre, et qu’il ait été le premier à en répandre l’usage. Le jugement des éphores, conservé dans la