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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/108

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

parlé par les écrivains de l’antiquité ; leur caractère grave et monotone était semblable à celui de notre plain-chant, sauf la différence de l’échelle plus étendue de celui-ci. Un nome grec était donc à peu près ce que sont le pange linguâ, le veni creator, l’ave maris stella de nos antiphonaires. Cela est si vrai, que ce furent ces mêmes nomes dont se servit long-temps après saint Ambroise, lorsqu’il jeta les premiers fondemens du chant de l’église latine, ainsi que je le ferai voir plus loin.

Pour le dire en passant, c’est quelque chose de plaisant que l’erreur des savans qui ont pris trois fragmens de ces nomes, retrouvés dans des manuscrits, pour des monumens propres à nous donner des notions justes de la musique des Grecs, et qui, sur cette supposition, ont accumulé de faux et misérables raisonnemens, pour ou contre la réalité des effets de cette musique. Ces fragmens appartiennent tous au mode lydien, qui répondait à notre ton de mi majeur, sans note sensible. Ils sont d’un temps où le système de l’échelle avait reçu tout son développement. J’ai cru qu’il était nécessaire que je donnasse un de ces fragmens comme un spécimen de cette espèce d’airs qu’on appelait des nomes. C’est un hymne à Apollon. On le trouvera à la fin de ce résumé sous le no 8.

Je reviens à l’exposé du système de la tonalité grecque ; après ce qui vient d’être dit, il me sera facile d’en faire comprendre les développemens.

Que ce soit Olympe ou Terpandre qui étendirent l’échelle des trois modes, depuis le tétracorde jusqu’à l’heptacorde, il est certain que les Grecs passèrent tout à coup de l’un à l’autre système, et que les instrumens furent modifiés d’après ce changement. L’addition de trois sons au tétracorde primitif, pour en former l’heptacorde, se fit quelquefois au-dessous, quelquefois au-dessus de ce tétracorde, dans l’un ou l’autre des trois modes phrygien, dorien et lydien. Lorsque l’addition était faite au-dessous, on donnait à l’heptacorde le nom de système grave, si cette addition avait lieu au-dessus, le système s’appelait aigu. Au moyen de la répétition de la quatrième note, les Grecs formèrent deux tétracordes dans chaque heptacorde, grave ou aigu. Cette division en deux systèmes ne se fit pas immédiatement après qu’on eut imaginé d’ajouter trois notes à chacun des anciens modes, car l’addition ne fut faite d’abord qu’à l’aigu ; en sorte que l’échelle se trouva composée de sept notes qui correspondaient, dans le mode phrygien, à mi, fa, sol, la, si bémol, ut,  ; dans le mode dorien, à mi, fa dièse, sol, la, si, ut,  ; et dans le mode lydien, à mi, fa dièse, sol dièse, la, si, ut dièse, . Dans les échelles de ces trois