modes, les Grecs donnèrent les noms de hypate à la note la plus grave, parhypate à la seconde, lychanos à la troisième, mèse à la quatrième, trite à la suivante, paranète à l’avant-dernière, et nète à la dernière[1]. Lorsque
- ↑ Je ne dois point taire ici une difficulté considérable qui s’est rencontrée dans l’interprétation des noms grecs des notes de l’échelle musicale ; la diversité des opinions à cet égard fera voir le peu de certitude qu’il y avait dans les connaissances de la plupart des écrivains qui ont traité de la musique des Grecs.
Il y a à peu près un siècle que le docteur Pepusch, musicien allemand établi en Angleterre, émit la singulière opinion (dans un mémoire inséré parmi les Transactions philosophiques, no 481, p. 226 ; et tome 10, part. 1re, p. 261, de l’abrégé de Martyn) que les Grecs avaient construit leur échelle de musique de telle façon que les intervalles des sons étaient exactement les mêmes en montant et en descendant ; que les noms des notes appartenaient à l’échelle descendante comme à l’ascendante, et que la note proslambanomène ou ajoutée se plaçait aussi bien à l’aigu qu’au grave. On pense bien que l’auteur d’une pareille assertion n’alléguait aucune autorité en faveur de son opinion. Y eût-il quelque passage obscur dont on aurait étayé un semblable système, on n’en devrait pas moins conclure que ce système est absurde, car il est absolument impossible de construire une échelle diatonique dont les intervalles seraient partout les mêmes en montant et en descendant. J’en donnerai pour preuve l’échelle du mode Phrygien, la plus favorable qu’on puisse trouver pour ce système. Le signe + désignera le demi-ton, et le signe - le ton. Voici le résultat des deux gammes ascendantes et descendantes :mi + fa - sol - la - si + ut - ré - mi + fa.
fa + mi - ré - ut + si - la - sol - fa + mi.Long-temps après le docteur Pepusch, M. Drieberg, auteur de plusieurs ouvrages allemands sur la théorie de la musique des Grecs, lesquels sont remplis des propositions les plus singulières, a repris dans l’un d’eux (Die praktische musik der Griechen, p. 73 et suiv.) l’opinion de ce musicien, sans citer son prédécesseur, et a construit pour la démonstration de son système des gammes de prétendus modes grecs, où l’imagination est mise partout à la place de la vérité. M. Drieberg n’a pas pris plus que Pepusch la peine de citer un seul passage des anciens écrivains sur la musique à l’appui de son système.
Je possède un manuscrit contenant un cours de l’abbé Feytou sur la musique des anciens, où il est dit que ce n’était pas en montant, mais en descendant, que les Grecs nommaient les notes des échelles de leurs modes. L’abbé Feytou ne cite pas non plus une seule phrase des théoriciens grecs en faveur de son opinion.
Ces systèmes si bizarres et si contraires à tout ce qui est admis en général concernant la musique des Grecs, m’ont porté à réfléchir sur ce qui a pu leur donner naissance ; je crois en avoir trouvé l’origine dans les noms grecs de quelques-unes des notes de l’échelle des modes. Par exemple, la note hypate, qui, dans l’opinion commune, est la plus basse après la proslambanomène ou ajoutée, tire son nom de ύπατος ou ὑπέρτατος qui signifie suprême ; il est vraisemblable que Pepusch et Drieberg et Feytou se sont persuadés que cette note devait être au-dessus des autres. De même nète vient par contraction de υίατος