l’échelle fut étendue jusqu’à huit notes, elle prit le nom d’octacorde ; on donna celui de paramèse, à la note supérieure à la mèse, et celle-ci fut suivie de la trite, de la paranète et de la nète.
L’idée de l’addition facultative au-dessus ou au-dessous de l’ancien tétracorde, et de la division de l’échelle en deux systèmes grave et aigu, produisit par le fait une échelle de dix sons divisés en trois tétracordes, au moyen de la répétition de deux notes. Le tétracorde le plus grave composé, dans le mode phrygien, des notes correspondantes à si, ut, re, mi, s’appela tétracorde hypaton, c’est-à-dire tétracorde grave ; le suivant, composé des notes mi, fa, sol, la,
le dernier, le plus bas ; cependant la nète est, suivant le système ordinaire, la note la plus haute. Mais Boèce, qui vivait au temps où le système de la musique grecque n’était point encore oublié à Rome, s’est chargé de nous expliquer ces apparentes contradictions dans un passage important, dont l’existence paraît avoir été ignorée des écrivains qui viennent d’être cités. On y voit que le nom de hypate a été donné à la note la plus grave de l’échelle, comme on donnait celui d’hypatos aux consuls, qui étaient les premiers magistrats de la république, et à Saturne, la plus considérable des planètes. Toutes les autres notes sont également expliquées dans ce passage, dont voici le texte : « In quibus (chordis) bis quem gravissima quidem erat, vocata est hypate, quasi major atque honorabilior : unde Jovem etiam Hypaton vocant. Consulem eodem quoque nuncupant nomine propter excellentiam dignitatis, eaque Saturno est attributa propter tarditatem motûs, et gravitatem soni. Parhypate verò secunda, quasi juxta hypaten posita et collocata. Lichanos tertia idcirco, quoniam lichanos digitus dicitur quem nos indicem vocamus. Græcus à lingendo lichanon appellat. Et quoniam in canendo ad eam chordam, quæ erat tertia ab hypate, index digitus, qui est lichanos inveniebatur, idcirco ipsa quoque lichanos appellata est. Quarta dicitur mese, quoniam inter septem semper est media. Quinta est paramese, quasi juxta mediam collocata. Septima autem dicitur nete, quasi neate, id est inferior. Inter quam neten, et paramesen est sexta, quæ vocatur paranete, quasi juxta neten locata. Paramese verò quoniam tertia est a nete, eadem quoque vocabulo trite, id est tertia nuncupatur. » (Boet. Mus., lib. 1, cap. 20, p. 1383 ; edit. Glareani).
Le passage que je viens de citer, ce passage dont le sens est si clair, si positif, n’existât-il pas, il y aurait une preuve encore plus péremptoire que Pepusch, Drieberg, l’abbé Feytou et tous ceux qui adoptent leur système sont tombés dans une erreur capitale à l’égard de la disposition des notes de l’échelle musicale des Grecs : je la trouve dans les tables de la division du canon que Ptotémée a données au second livre de son Traité des Harmoniques (Wallis, op., t. 3, c. 13, p. 86 et 499) ; les proportions arithmétiques de ces tables ne sont applicables qu’à l’ordre adopté communément pour la construction de l’échelle des modes grecs ; il serait impossible d’y trouver aucune connexité avec l’ordre descendant.
Je ne puis entrer ici dans de plus longs développemens sur cette question ; on en trouvera d’autres dans mon Histoire générale de la musique qui ne laisseront rien à désirer.