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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/113

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cix
DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

mélodie, fut le seul qui se mêla quelquefois au diatonique, après que Pythagore l’eut introduit en Italie, au retour de son voyage en Égypte. Je dis que le genre chromatique se mêla quelquefois au diatonique, parce qu’il n’y a pas eu chez les Grecs plus que chez les Européens modernes de musique disposée dans le genre chromatique seul ; car une telle musique ne saurait exister, n’y ayant point de succession mélodique possible avec les seuls élémens d’une échelle musicale qui ne procéderait que par demi-tons.

Mais, si la musique grecque avait ce point de contact avec la nôtre, nonobstant les différences essentielles qui résultaient de la forme de ces modes, elle était soumise à un système particulier d’altération dans le nombre des cordes de ces modes, qui lui donnait un caractère absolument étranger à celui de la musique moderne. Je veux parler de la faculté qu’avait le musicien de retrancher, dans sa composition, la troisième corde (lichanos) du premier tétracorde de chaque mode, et de la deuxième (paramèse) ou de la troisième (trite) du second tétracorde. Aristoxène et Plutarque nous fournissent sur ces retranchemens des détails qui ne laissent point de doute sur leur réalité[1] et sur leur effet. Nous apprenons d’eux que les plus anciens musiciens de la Grèce, tels qu’Olympe et ses contemporains, usaient de ces retranchemens des notes caractéristiques de la mélodie pour varier le coloris de la musique, et qu’en ôtant de leur place ces cordes, ils les élevaient ou les abaissaient d’un quart de ton. De là venait qu’on donnait à ces cordes le nom de cordes mobiles, et aux autres celui de cordes stables. Les gammes qui résultaient de telles mutations étaient fort étranges. Par exemple, celle du mode lydien se présentait sous cette forme :

mi, fa dièse, sol, x, si, x, ut dièse, ré, mi.

Plus tard, on retrancha l’altération du quart de ton, mais la suppression de la corde naturelle au mode n’en resta pas moins constante. C’est ce qui résulte évidemment d’un passage d’Aristoxène, où l’on voit que le retranchement se faisait encore de son temps. « Il existe (dit-il) aussi une certaine

    n’avoir point fait cette remarque qu’on s’est jeté dans beaucoup de mauvais raisonnemens à l’égard de ce prétendu genre enharmonique des Grecs.

  1. Voyez à ce sujet un fort bon article de Perne, dans le quatrième volume de la Revue musicale (p. 219-228) ; c’est le seul auteur qui a bien compris cette question. Burette a mal rendu le passage de Plutarque ; ses notes 130-133 prouvent qu’il n’avait pas saisi le sens de son auteur.