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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/114

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

mélopée privée du lichanos diatonique qui, loin d’être mauvaise, est excellente, ce qui d’abord ne paraît pas évident à quelques-uns de ceux qui cultivent maintenant l’art de la musique, mais qui leur semblera tel que nous le disons, s’ils ne s’occupent de ces choses qu’après avoir suffisamment tudié les premières et les secondes (mélopées) des anciens modes[1]. »

La gamme réduite comme le dit Aristoxène dans ce passage, se présentait sous cette forme, dans le mode lydien :

mi, fa dièse, x, la, x, ut dièse, ré, mi.

Les cordes mobiles n’étaient pas les mêmes dans tous les modes.

L’examen attentif des échelles des différens modes, entières ou incomplètes, fait découvrir sans peine les défauts d’analogie qu’il y a entre ces gammes et celles des deux modes de la musique moderne : aucune de ces échelles mélodiques ne répondait ni à notre gamme du mode majeur, ni à celle du mode mineur. En effet, l’heptacorde ou gamme des sept notes de la lyre phrygienne du système aigu était mi, fa, sol, la, si bémol, ut, , en sorte que les demi-tons de cet heptacorde sont placés entre le premier son et le deuxième, entre le quatrième et le cinquième ; disposition inconnue dans notre musique. L’heptacorde du mode dorien était : mi, fa dièse, sol, la, si, ut, . Ici, il y avait analogie avec la tonalité fixée au moyen âge et qui est connue sous le nom de tonalité du plain-chant : c’est l’intermédiaire entre la tonalité antique et la moderne. À l’égard de l’heptacorde du mode lydien, sa forme était celle-ci : mi, fa dièse, sol dièse, la, si, ut dièse, . Ici toute analogie disparaît soit avec les gammes des modes du plain-chant, soit avec celles de la musique actuelle. Il est facile de comprendre que si l’on joint à ces disparités le retranchement d’une ou deux notes de l’heptacorde, notes variables en raison du mode primitif ou transposé, l’analogie de la tonalité antique et de la moderne s’affaiblit de plus en plus.

La variété des formes mélodiques était la conséquence nécessaire d’un système de tonalité tel que celui qui vient d’être exposé ; car, indépendamment des trois types d’échelles primitives appelées phrygienne, dorienne et lydienne, qui avaient chacun un caractère particulier, les mutations de certaines cordes dans chaque mode avaient pour effet de donner aux mélodies des multitudes d’aspects différens, abstraction faite des innombrables diversités que le rhythme y introduisait d’ailleurs. Or, l’éducation manquant à notre oreille,

  1. Voyez Aristox., lib. 2.