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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/115

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

pour apprécier à leur juste valeur les élémens d’une musique si différente de la nôtre, il était à peu près impossible que les auteurs qui ont traité de la musique des Grecs, sans avoir pris en considération ces différences de constitution et d’éducation des organes, ne tombassent pas continuellement dans le faux en essayant leurs perpétuelles comparaisons de cette musique avec celle des temps modernes.

À ne considérer les mélodies de l’ancienne Grèce que sous le rapport de la constitution de la gamme et sous celui de la succession des sons, que de difficultés n’y a-t-il pas à nous placer dans les circonstances où se trouvaient les Grecs pour saisir aussi bien qu’eux, et de la même manière, les lois de cette succession ? Si l’on veut avoir une idée de ces difficultés, il suffit de jeter un coup-d’œil sur l’un des fragmens de nomes ou d’airs sacrés qui sont parvenus jusqu’à nous. J’ai dit que ces fragmens ne sont point de nature à faire connaître la musique des Grecs, parce que l’effet de cette musique dépendait souvent du sujet de la poésie, de l’accent improvisé du musicien qui la chantait, de l’harmonie rhythmique des vers, du mélange heureux de cette harmonie avec le rhythme propre de la musique, enfin des circonstances où étaient placés le musicien et l’auditoire ; mais ces mêmes fragmens peuvent du moins nous fournir des exemples de l’enchaînement mélodique des sons, suivant le système de la tonalité grecque. Parmi eux, je choisis l’hymne de Denys à Apollon, comme étant celui dont le chant offre le moins d’étrangeté. Ce chant est écrit dans le mode lydien. Publié d’abord par Vincent Galilée avec les autres morceaux qui nous restent de l’ancienne musique grecque, dans son Dialogue de la musique ancienne et moderne (Florence, 1581, in-folio), puis copié par Bottrigari dans son Melone (Ferrare, 1602, in-4°), avec des multitudes de fautes d’impression, et enfin donné d’après un autre manuscrit, avec des remarques d’Edmond Chihmead, à la fin de l’édition grecque des poésies d’Aratus (Oxford, 1672, in-8°), ce morceau a été défiguré dans ces divers ouvrages, quant à la forme tonale de la mélodie. Depuis lors Burette a donné, d’après un manuscrit de la Bibliothèque du Roi, de Paris, une édition plus correcte de ces mélodies, en ce qui concerne la tonalité[1] ; mais il a eu la malheureuse idée de rhythmer le chant de l’hymne à Apollon d’après la seule prosodie, en l’absence des signes du rhythme musical, et de rapporter ce

  1. ↑ Dissertation sur la mélodie de l’ancienne musique, dans les Mém. de l’Acad. des inscript, et belles-lettres, t. v, p. 169.