visé les savans, et qu’on agite encore parfois dans la persuasion qu’une musique ne saurait être bonne si elle ne satisfait à cette condition. Je ne ferai pas l’analyse de la querelle littéraire élevée à ce sujet, parce que ces choses seront examinées dans le Dictionnaire aux articles des savans et des artistes qui en ont traité. C’est dans la nature même des choses que je veux essayer de pénétrer, sans égard pour les diverses opinions qui ont été émises, quel que soit d’ailleurs le mérite de ceux qui ont pris part à la querelle.
J’ai dit (p. lxxxv) qu’à l’exception d’un petit nombre de passages obscurs de philosophes ou de poètes, rien n’indique l’existence de l’harmonie chez les Grecs dans les traités de musique qui nous restent d’eux. C’est un premier point qu’il faut démontrer. Le mot harmonie n’a pas chez les Grecs le sens restreint que nous lui donnons dans la musique moderne : ils ne s’en servent que pour exprimer l’arrangement des sons qui se succèdent, en sorte que ce mot n’a pas dans leur langue d’autre acception que celui de mélodie dans la nôtre. Ainsi, parmi les traités de musique des écrivains grecs que nous possédons, aucun ne nous fournit la moindre indication de l’existence de sons simultanés ou d’accords dans cette musique ; cependant celui d’Aristoxène a pour titre : Élémens de l’harmonie, ceux d’Euclide et de Gaudence le philosophe sont intitulés : Introduction à l’harmonie, celui de Nichomaque porte le nom de Manuel d’harmonie, et celui de Ptolémée a pour titre : Les harmoniques.
Un autre auteur, celui peut-être de tous les écrivains grecs dont le livre a pour nous le plus d’importance, Aristide Quintillien (voyez ce nom au Dictionnaire) ne laisse aucun doute sur la signification que les Grecs attribuaient au mot harmonie :
« Toute la science harmonique (dit-il) se divise en sept parties : la première traite des sons ; la seconde, des intervalles ; la troisième, des systèmes ; la quatrième, des genres ; la cinquième, des tons ; la sixième, des mutations (cordes mobiles), et la septième de la mélopée (du chant)[1]. »
On voit que dans tout cela il n’est pas question des accords, ou de la réunion simultanée des sons.
Lucien nous fournit aussi une indication précise du sens qu’on attachait de
- ↑ Ὅτι τῆς πάσης ἁρμνικῆς μέρη ἑπτά.Διαλαμβάνει γὰρ πρῶτον μερὶ φτόγγων. Δεύτερον, περὶ ὁοιαστημάτων. Τρίτον, περὶ συστημάτων. Τίταρτον, περὶ γενῶν. Πέμπτον, περὶ τόνων. Ἑπτον, περὶ μεταβολῶν. Ἑβδομον, περὶ μελοποιίας.