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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/121

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

leur avait reconnu. Quelques explications sur la nature de ces rhythmes me paraissent nécessaires pour donner du poids à ma conjecture.

Le charme de l’harmonie poétique de la langue grecque est tel, que lorsque cette poésie passe par la bouche d’un habitant de l’Attique, elle sonne à l’oreille comme une véritable musique ; musique d’autant plus séduisante que le caractère en est varié par des multitudes de combinaisons d’un effet très différent. Disons un mot de son mécanisme.

Dans nos langues modernes, il y a des syllabes de durées diverses que nous appelons longues et brèves ; mais les longues sont plus ou moins longues, les brèves plus ou moins brèves, selon les habitudes de celui qui les prononce, sans que l’oreille soit précisément affectée d’une sensation agréable ou déplaisante : la sensation, quand elle existe, a quelque chose de vague et d’indéterminé qui se refuse à l’analyse.

Il n’en était point ainsi des langues de l’antiquité, et surtout de la langue grecque. Dans celle-ci, la valeur relative des syllabes longues et brèves était si bien déterminée, que la durée de la longue était exactement le double de la durée de la brève, et que celle-ci ayant pour valeur une certaine division de la mesure musicale qu’on appelle temps, l’autre devait avoir en durée deux de ces temps. La règle de la valeur relative des syllabes et l’application de cette règle à la prononciation des mots composaient une sorte de science qu’on appelait la prosodie.

De la combinaison des syllabes longues et brèves, on avait formé de certaines formules qu’on désignait généralement par le nom de pieds poétiques. Ces pieds poétiques, qui entraient comme élémens dans la composition des vers en quantité déterminée, donnaient à ceux-ci plus ou moins de rapidité ou de lenteur, en raison du nombre de temps qui formaient leur structure. Les règles de la construction des pieds poétiques et de leur arrangement dans les vers d’espèces diverses, composaient ce qu’on appelait la doctrine de la quantité.

Il y avait des pieds poétiques de deux syllabes ; d’autres de trois. Dans l’un, les syllabes étaient brèves, longues dans un autre, alternativement longues et brèves dans un troisième, ou brèves et longues, ou composé d’une longue suivie de deux brèves, etc. Chacun de ces pieds se distinguait par un nom particulier : ainsi, celui qui était composé de deux brèves s’appelait le pyrrique ; le spondée avait deux longues ; l’ïambe, une brève suivie d’une longue ; le trochée, une longue suivie d’une brève ; le dactyle, une longue