délices des Grecs. Je dirai ensuite que c’était si bien à ce rhythme que s’attachait l’attention des habitans de l’ancienne Grèce, dans leur poésie chantée et même dans leur musique instrumentale, que les batteurs de mesure, appelés podopsophes, à cause du bruit de leurs pieds, avaient l’habitude de frapper le plancher de la scène avec des sandales de bois garnies de fer, en y joignant le bruit des mains frappées l’une dans l’autre. Pour la danse, on marquait la mesure avec des coquilles et des ossemens d’animaux qu’on frappait l’un contre l’autre, à peu près comme on fait aujourd’hui des castagnettes. Tout ce bruit, bien qu’il dût à peu près anéantir les mélodies jouées par de faibles instrumens, était agréable à l’oreille des Grecs, parce qu’il marquait le rhythme, et que ce rhythme était pour eux la partie la plus importante de la musique. Chez nous, au contraire, où le rhythme est faible et la mesure forte, chez nous, où les formes mélodiques, les combinaisons harmoniques, la variété des modulations et le mélange des sonorités composent à l’audition un plaisir délicat et complexe, non seulement on ne veut pas entendre le bruit du bâton de mesure, mais les gestes mêmes du chef d’orchestre qui en marque les temps sont souvent importuns.
D’après ce qui vient d’être dit des rhythmes divers de la poésie grecque, il est facile de comprendre qu’ils donnaient aux vers plus ou moins de rapidité ou de lenteur, de douceur ou de force, et qu’il en résultait souvent des images pittoresques. Le mode musical devait être en rapport avec le rhythme poétique. Si celui-ci était grave et majestueux, le mode l’était aussi, et le dorien était celui qu’on choisissait ; s’il était âpre, véhément, on se servait du mode phrygien ; s’il était doux et moelleux, on avait recours à l’éolien, et ainsi des autres. Tel était le secret de cette puissance des modes dont parlent les écrivains de l’antiquité, et que les modernes ont niée n’ayant pu la comprendre.
Il ne me reste qu’à dire quelques mots du système de notation de la musique des Grecs pour finir cette partie de mon résumé historique.
Plusieurs auteurs et notamment Alypius, sophiste de l’école d’Alexandrie, ont laissé des livres où sont exposées les diverses classifications des signes qui servaient à noter la musique grecque. Les lettres de l’alphabet grec, soit entières, soit tronquées, droites ou couchées, dans une position directe ou retournée, composent cette notation, dont l’invention est communément attribuée à Pythagore. Toutefois, s’il est vrai que ce philosophe a eu quelque part à l’arrangement de ces signes, il n’a fait que les modifier, car