un des écrivains grecs sur la musique dont nous possédons les écrits, Aristide Quintillien, nous a fait connaître une très ancienne notation qui était en usage parmi les Grecs long-temps avant la naissance de Pythagore. On peut lire sur ce sujet de curieuses dissertations de M. Perne, dans la Revue musicale.
Au premier aspect, la nomenclature des signes dont Alypius a fait connaître les combinaisons pour tous les modes, cette nomenclature, dis-je, paraît offrir une complication effrayante. Burette a porté à seize cent vingt le nombre de ces signes destinés à représenter les sons. Mais M. Perne a fait remarquer que ce nombre si considérable renferme les signes du genre chromatique qui n’a jamais été réellement usité dans la musique des Grecs ; que de tous les modes, au nombre de quinze, il n’y en avait que trois dont on se servît, et même que le mode lydien diatonique avait fini par être à peu près seul en usage ; enfin que les signes de la notation instrumentale et vocale étaient différens, en sorte qu’un joueur de flûte ou de cythare n’était point obligé d’apprendre les signes de la notation vocale, et réciproquement pour un chanteur. Il conclut de là qu’en réunissant même les deux systèmes de notation vocale et instrumentale, la connaissance des quinze paires de notes du mode lydien était suffisante à un musicien pour l’usage habituel, et que c’est à tort qu’on a porté à seize cent vingt le nombre des signes de la notation grecque. Il me semble que M. Perne a trop insisté sur ce point ; car de ce qu’un chanteur ou un joueur d’instrumens n’auront besoin, pour lire la musique écrite dans un seul mode, que de connaître la signification d’un petit nombre de signes, il ne suit pas qu’un musicien instruit ne doive les connaître tous s’il veut approfondir son art en toutes ses parties ; or, il faut bien avouer que c’est une quantité effrayante que celle de seize cent vingt signes destinés à représenter des sons. C’est d’ailleurs une singulière preuve de cette simplicité du système de notation de la musique grecque que d’affirmer qu’il y avait quinze cent quatre-vingt-dix signes inutiles sur le nombre de seize cent vingt que nous a fait connaître Alypius.
Il est une remarque qui a échappé à Burette et aux historiens de la musique, dans leur critique de la notation grecque : c’est que l’embarras de cette notation résulte moins encore du nombre des signes que des diverses significations de ceux qui ont une même forme ; significations qui sont multipliées dans les différens modes, et dans leurs transpositions, de manière à jeter la plus grande confusion dans la mémoire des musiciens. Peut-être dira-t-on qu’il en est à peu près de même à l’égard des notes de la musique moderne,