Aller au contenu

Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/131

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
cxxvii
DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

raient avoir dû conserver le système des arts de leur pays primitif ; pourtant il n’en fut point ainsi ; car s’il est vrai, comme l’affirment quelques écrivains d’après des raisonnemens qui paraissent plausibles ; s’il est vrai, dis-je, que leur musique est restée dans les formes qu’elle avait aux temps les plus anciens, on doit en conclure que ces formes ont été instituées originairement d’une manière très différente des formes de la musique orientale. Il faut donc que des circonstances extraordinaires aient influé sur ces formes antiques de la musique des peuples septentrionaux, si peu semblables aux systèmes orientaux, ou que la formation de ceux-ci soit antérieure aux émigrations des habitans primitifs de la Perse et de l’Inde.

Quoi qu’il en soit, je vais essayer de faire voir en quoi différait l’ancienne musique du nord des autres systèmes dont il a été parlé jusqu’ici.

Dans ce qu’on vient de lire, il n’est parlé des peuples septentrionaux que collectivement ; ce n’est pas à dire pourtant que tous aient eu le même système de musique : des différences assez considérables s’y faisaient remarquer ; mais ces divers genres de musique avaient de certaines analogies qui m’ont déterminé à les réunir dans un même article.

Les Vandales, ancêtres des Polonais, les Goths, dont les Suédois tirent leur origine, les Scandinaves, anciens habitans du Danemarck, les Scythes, aujourd’hui connus sous les noms de Russes, de Cosaques et de Tatars, ont laissé chez leurs descendans d’anciennes traditions musicales qui, bien qu’altérées peut-être par le temps, conservent encore un caractère d’originalité, une empreinte locale, un cachet de mœurs sauvages qu’il est impossible de méconnaître. Beaucoup d’antiquaires se sont occupés de recueillir les anciens chants nationaux de ces peuples ; tous s’accordent à reconnaître leur origine antique. L’accent de ces chants, surtout de ceux dont l’antiquité paraît incontestable, cet accent, dis-je, est triste ; leur mouvement est lent. C’est le gémissement de l’esclave. Il est remarquable que chez tous ces peuples, l’échelle musicale semble être faite pour le mode mineur. Le mouvement vif et le mode majeur n’apparaissent guère dans leur musique que pour la danse et les chants de guerre.

De tous les peuples que je viens de citer, les Scythes sont le plus ancien. Leur nom est lié à l’histoire de la Grèce. C’est par eux que je crois devoir commencer l’examen de la musique native du Nord.

Si l’on fait un sérieux examen des anciens airs originaux des paysans russes, deux choses attireront surtout l’attention de l’observateur : l’une est la forme