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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/134

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

planche mince de sapin attachée à une caisse légère. Elle est montée de cinq cordes, qui sont accordées de cette manière :

la, ut, mi, sol, la.

Le musicien qui joue de la gously ne s’en sert jamais que pour accompagner le chant des lentes mélodies, ou les airs de danses qu’on joue sur le goudok. L’harmonie qu’il tire de sa harpe, les accords que le joueur de goudok exécute parfois sur ses trois cordes sont dignes de toute notre attention ; car, il n’en faut pas douter, c’est de là que notre système de musique, créé dans le moyen-âge et développé jusqu’à nos jours par de successives transformations, a pris son origine. Examinons ce fait si curieux, si peu connu, et qui a échappé à l’observation de tous les historiens de la musique ; car, bien que Jean-Jacques Rousseau ait écrit que l’harmonie est une invention des barbares, cette saillie lui était plutôt dictée par un mouvement d’humeur dans la chaleur de la discussion, que par une connaissance historique de la valeur de son assertion.

Tous les musiciens qui ont voyagé dans l’intérieur de la Russie et qui ont assisté aux concerts rustiques qu’on entend souvent vers le soir à la porte des cabanes, ont remarqué que, sans être soutenues par une harmonie constante, les voix sont accompagnées de temps en temps d’un accord parfait, exécuté soit par un instrument, soit par d’autres voix. C’est au début de la chanson, à la cadence des phrases, et aux changemens de mode que ces accords se font entendre. Or ce genre d’accompagnement n’a rien emprunté de la musique moderne ; il est né dans le pays, et tout porte à croire qu’il y existe depuis une antiquité très reculée, car, encore une fois, les paysans russes de l’intérieur des terres n’ont point changé ; ils sont tels qu’ils étaient il y a bien des siècles, et leur civilisation n’a point avancé.

C’est moins, d’ailleurs, dans des témoignages historiques que nous devons chercher la preuve de l’existence antique d’une sorte d’harmonie dans la musique de ce peuple grossier, que dans la nature même de son échelle musicale, et dans la forme de ses mélodies. Cette échelle est toute favorable à l’harmonie dont il s’agit, car son analogie avec la gamme de notre musique moderne est sensible, et les cadences des phrases semblent faites exprès pour que des accords puissent y trouver place, tant il y a de régularité dans les terminaisons sur la note principale du ton. Ou je me trompe fort, ou la comparaison de ces lois de tonalités et de ces formes mélodiques avec les tonalités et les mélodies que j’ai analysées dans tout ce qui précède, suffira pour faire