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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/135

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

comprendre pourquoi celles-ci sont inharmoniques et pourquoi l’harmonie s’allie naturellement avec les autres. J’ai cru devoir donner la démonstration de cette assertion en publiant la vieille mélodie russe qu’on trouvera à la suite de ce résumé (no 9) avec accompagnement de gously, tel qu’elle m’a été donnée par Boieldieu, dont nous déplorons la perte récente, après son retour de Russie. Également frappé de l’originalité de la mélodie, et de la convenance tonale de l’harmonie, il avait noté avec soin cette pièce curieuse. Au reste, chacun pourra essayer de placer un accompagnement régulier sur toutes les anciennes mélodies lentes du recueil historique publié à Pétersbourg, par M. Prachta, et de tous ceux qui ont paru depuis lors dans cette ville et à Moscou : on se convaincra de la facilité qu’il y a à faire cette alliance de l’harmonie et des chants russes.

Que les Goths, les Lombards, les anciens Danois ou Scandinaves, et d’autres peuples du Nord, qui inondèrent l’Europe méridionale pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, aient eu, comme les Scythes, des notions d’une harmonie grossière, c’est ce qui ne me paraît pas douteux. Tant d’analogie existait dans les élémens de la musique de tous ces peuples, ainsi que je le ferai voir en traitant de cet art chez les Cambro-Bretons ou Welches, les Écossais et les Irlandais, qu’il n’était pas possible que ce trait caractéristique ne leur fût pas commun. Des preuves historiques incontestables viennent d’ailleurs à mon appui dans cette importante question.

Isidore de Séville, qui écrivait dans les dernières années du sixième siècle ou dans les premières du septième, est auteur d’un petit traité de musique, où l’on trouve les premières notions de l’accord simultané des sons. La musique harmonique, dit-il, est la modulation de la voix, la concordance de plusieurs sons, et la réunion (de ceux-ci)[1]. Plus loin il divise cette musique harmonique en symphonie, qui est l’harmonie des consonnances, et en diaphonie, qui est celle des dissonances. Enfin, dans le neuvième chapitre de ce petit ouvrage, où il traite des rapports numériques des sons, après avoir parlé de la proportion de trois à un, qui est celle de la quinte, il dit que de cette proportion est née la symphonie (l’accord) de l’octave et de la quinte[2]. Voilà donc deux intervalles réunis dans un seul accord.

  1. Harmonica (musica) est modulatio vocis, et concordantia plurimorum sonorum, et coaptatio. (Isid. hispal. sentent, de Musica, cap. 6.)
  2. Ex hoc triplari nascitur symphonia, quæ dicitur diapason et diapente. (Ibid., cap. 9.)