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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/137

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

qu’autant que l’harmonie est inhérente aux formes mélodiques, et que celles-ci le sont à l’harmonie. J’ai déjà fait remarquer qu’il ne suffit pas que le fait de la relation harmonieuse des sons se manifeste à l’oreille, pour que la notion de sa convenance, ou plutôt de sa nécessité, frappe le sens musical ; la sensation satisfaisante de cette relation ne se développe qu’autant qu’il y a connexion entre elle et le système général de l’art. Ainsi l’idée de nécessité d’accord sur certains sons a pu naître chez les peuples du Nord, parce que la nature de leur échelle et les formes de leurs mélodies y conduisaient naturellement ; d’autre part, elle ne s’est point présentée à l’esprit des Grecs, parce que la beauté de la musique de ceux-ci dépendait d’un autre ordre de choses ; ce qui n’empêche pas que la science musicale des Grecs n’ait été portée fort loin, tandis qu’il n’y a peut-être eu chez les Scythes et les Goths qu’un développement de force instinctive.

Je reviens souvent sur cette doctrine, parce qu’elle est nouvelle et qu’elle est vraisemblablement destinée à éprouver bien des contradictions. L’éclectisme en matière d’art est plus difficile à établir qu’en toute autre chose.


Rien ne me semble plus favorable au développement de la théorie exposée dans ce résumé, et particulièrement à la confirmation de mes conjectures sur l’origine de l’harmonie européenne, que l’examen de la situation de la musique aux Îles-Britanniques dans l’antiquité et au moyen-âge. Dans cet examen, j’aurai à comparer trois systèmes également remarquables, savoir : ceux des Gallois ou Cambro-Bretons, des Écossais et des Irlandais.

Au nombre des peuples septentrionaux les plus considérables de l’antiquité, on comptait la grande nation des Celtes, qui s’étendait originairement des bords du golfe Adriatique jusqu’aux frontières de la Thrace, et qui, dans la suite, traversa la Germanie pour pénétrer dans les Gaules, et finit par être refoulée dans l’Armorique, ou Bretagne française, et dans le pays de Galles en Angleterre, où l’on parle encore sa langue. Ce peuple welche appelé par les Anglais Cambro-Bretons, paraît avoir eu une origine commune avec les Gaulois ; du moins est-il certain que les habitans de la Basse-Bretagne parlent un langage qui a beaucoup d’analogie avec le leur, et que ces deux peuples s’entendent[1]. Dans la Gaule comme dans le pays de Galles il y

  1. Suivant l’opinion de quelques auteurs, l’Armorique, ou la Bretagne française, a été peuplée par les Welches qui, sous la conduite de Conan, vers l’année 384 de l’ère chrétienne, vinrent s’y établir.