a eu des prêtres appelés druides, qui célébraient des mystères religieux dans les forêts, et des bardes ou prêtres musiciens qui chantaient la gloire des héros. Mais il y a cette différence entre la Gaule et le pays de Galles, que dans ce dernier les bardes existent encore, que la langue cambrienne ou celtique y est cultivée dans la poésie, et que la musique y a conservé son caractère primitif. C’est quelque chose de remarquable que cette succession non interrompue des bardes welches, depuis près de deux mille ans, et que la conservation intacte de la langue et de la musique celtique, dans un pays qui fut long-temps soumis à la domination des Saxons. Le comté de Cornouailles et le Devonshire avaient aussi gardé leur langue et leur musique pendant une longue suite de siècles ; mais Édouard Jones a fait voir, dans ses recherches sur les bardes, que la langue celtique commença à s’altérer dans ces comtés, sous le règne d’Élisabeth, et qu’on n’y retrouve plus que quelques mots corrompus mêlés à la langue moderne de l’Angleterre.
Rien de plus original, de moins semblable à notre musique que la musique cambro-bretonne ; cependant ce n’est pas dans sa tonalité que consiste la dissemblance, car cette tonalité, sous le rapport de la construction de l’échelle, a beaucoup de rapport avec celle de la musique moderne. Ce qui imprime aux mélodies welches leur caractère étrange, c’est la finale des phrases, qui tombe souvent dans un autre ton que celui où ces mélodies semblent être établies. On peut voir des exemples à la suite de ce résumé (sous les nos 10, 11). Il résulte de ces singulières finales un sentiment de deux tons différens dans le même air, qui a beaucoup de charme pour une oreille galloise. Il y a cependant un certain nombre de mélodies welches dont les formes ont beaucoup d’analogie pour la tonalité, les cadences et les formes finales, avec la musique actuelle. Édouard Jones, barde du prince de Galles, en a fourni plusieurs exemples dans l’ouvrage déjà cité, particulièrement un qui a pour titre : le Chant du prophète David. Il l’a tiré d’un manuscrit du onzième siècle, mais il le croit beaucoup plus ancien : on le trouvera à la suite de ce résumé (no 12). Ce morceau est exactement dans la tonalité de notre mode d’ut majeur.
L’emploi de l’harmonie n’est pas moins original chez les bardes welches que les formes de leur mélodie. Il serait à peu près impossible de fixer l’époque où ils ont commencé à en adopter l’usage, mais il y a lieu de croire que les principes de cette harmonie remontent chez eux à des temps fort reculés. D’une part, le soin qu’ils ont pris de conserver à leur langue, à leur mélodie,