de plusieurs cordes lorsqu’on joue de cet instrument[1]. Il dit même que le crwth trithant, espèce de viole ou de rebec à trois cordes, était moins estimé que l’autre parce qu’il ne pouvait pas produire une harmonie aussi complète[2].
Il resterait à examiner l’influence que la domination des Danois, des Angles et des Saxons en Angleterre, a pu exercer sur la musique des Welches ; mais les documens nous manquent pour faire cette appréciation. Tous ces peuples, venus de la Germanie et des bords de la Baltique, avaient vraisemblablement des notions d’harmonie, comme les autres nations septentrionales qui s’étaient répandues dans le midi de l’Europe à des temps antérieurs ; mais il est douteux qu’ils fussent plus avancés dans cette partie de l’art, que ne l’étaient les bardes de la Grande-Bretagne. Les instrumens de musique anglo-saxons, publiés par Strutt dans son Angleterre ancienne, n’indiquent pas un état plus avancé de l’art que ceux des Welches. D’ailleurs, il y a peu de vraisemblance que la haine des Welches pour l’étranger, haine qui s’est montrée avec tant d’énergie contre les Saxons, et qui a fait conserver intacte la langue celtique sous la domination de ceux-ci, il est peu vraisemblable, dis-je, que cette haine ait permis aux musiciens originaires de la Grande-Bretagne, d’emprunter quelque chose à leurs oppresseurs. À l’égard des Danois, ce qui reste des traditions des bardes scandinaves indique beaucoup d’analogie entre leurs idées poétiques et musicales et celles des bardes welches ; mais il y a beaucoup d’apparence que ceux-ci ont été les instituteurs des autres, car les neuvième et dixième siècles sont le temps de la gloire des bardes du Danemark[3].
- ↑ Historical account of the Welsh bards, p. 115.
- ↑ Ibid., p. 116.
- ↑ On peut voir sur ce sujet la préface de W. C. Grimm, dans son recueil intitulé : Altdaenische Hendenlieder, Balladen und Marchen, Heidelberg, 1811, in-8°.
Cette question de l’existence de l’harmonie chez les bardes de la Grande-Bretagne antérieurement à l’époque où l’usage s’en est répandu en France et en Italie, peut être appuyée de témoignages qui semblent irrécusables. Je crois devoir en citer ici quelques uns.
Bède le Vénérable, qui écrivait dans la première moitié du huitième siècle, a parlé, dans son histoire ecclésiastique de l’Angleterre du genre d’harmonie à deux parties en consonnance dès long-temps en usage dans le pays.
Jean de Salisbury, évêque de Chartres, né à Salisbury en 1110, dit, dans son Poli-