Le fait historique de l’introduction de l’harmonie dans les pays occidentaux et méridionaux de l’Europe par les habitans du Nord, est d’une telle importance pour l’histoire de la musique du moyen-âge et des temps modernes, que je ne dois pas quitter l’Angleterre sans avoir achevé l’examen de tout ce qui peut ajouter de l’évidence à ce qui est déjà connu. Or, l’Irlande et l’Écosse ont encore à me fournir des lumières nouvelles.
L’Irlande a plus de rapports avec le pays de Galles que le reste de l’Angleterre, pour ce qui concerne les institutions des bardes ; cependant les systèmes de musique de ces deux parties de l’Angleterre ont entre eux des
craticus, que le déchant ou double chant fut en usage dès les temps les plus reculés dans les provinces cambriennes.
Girald, surnommé Cambrensis, ancien historien anglais, s’exprime d’une manière encore plus positive lorsqu’il dit : Les Bretons ne chantaient point à l’unisson comme les habitans des autres contrées, mais en parties différentes. Dans un autre endroit il ajoute : Il est d’usage dans le pays de Galles qu’une troupe de chanteurs du peuple se réunisse pour chanter en parties différentes, qui, de loin, forment une harmonie agréable ; mais ce n’est que dans le Nord que les Anglais ont l’habitude de ce genre de mélodie.
Édouard Bunting, dans sa Dissertation historique et critique sur la harpe, cite un ancien manuscrit de l’école welche, près de Londres, qui contient des pièces de harpe en harmonie dont la date est fort reculée, puisqu’elles furent exécutées en l’année 1100, dans une assemblée de musiciens welches convoquée par l’ordre de Griffyd ap Cynan, prince de Galles. En tête de ce livre, qui a pour titre Musica neu Berviaeth, on lit cette notice :
« The follovving manuscript is the music of the Britons, as settled by a congress or meeting of the masters of music, by order of Griffyd ap Cynan, prince of Wales, about A. D. 1100, with some of the most ancient pieces of the Britons, supposed to have been handed to us from the British druids, in two parts (that is, base and treble) for the harp. This manuscript was wrote by Robert ap Haw, of Bodwigan in Anglesey, in Charles the first’s time, some part of it copied then out of William Penlyn’s book. » (Le manuscrit suivant contient la musique des Bretons, comme elle fut exécutée à une assemblée des maîtres de musique par ordre de Griffyd ap Cynan, prince de Galles, vers 1100, avec quelques uns des plus anciens morceaux des Bretons, lesquels sont supposés nous être venus des anciens druides bretons, en deux parties (c’est-à-dire, la basse et le dessus) pour la harpe. Ce recueil a été écrit par Robert ap Haw, de Bodwigan d’Anglesey, du temps de Charles Ier. Quelques parties de ce manuscrit ont été copiées du livre de William Penlyn.)
Beaucoup d’autres autorités pourraient être ajoutées à celles qui viennent d’être citées, mais celles-là suffisent pour démontrer la réalité des faits que j’allègue en faveur de l’origine septentrionale de l’harmonie.