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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/151

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

de la musique. Je sais qu’une telle origine est contraire à toutes les idées reçues ; mais si les bornes étroites du cadre dans lequel je suis obligé de me renfermer ne me permettent pas d’entrer dans des développemens qui rendraient ma théorie historique inattaquable, je crois en avoir dit assez pour éveiller sur ce sujet l’attention de tous les hommes instruits. La publication de mon Histoire générale de la musique achèvera, j’espère, de porter la conviction dans tous les esprits.


MOYEN-ÂGE.

transformation de l’art.


Le bonheur de l’humanité n’avait point de base avant que la loi du Christ eût été proclamée ; car le bonheur des hommes ne saurait exister sans l’égalité d’origine et de droits. Or, cette égalité ne se trouvait nulle part. En Orient, il n’y avait que des despotes et des opprimés ; à Rome, le peuple était divisé en patriciens, hommes à privilèges, en plébéiens et en esclaves. Dans la Grèce même, l’égalité n’était que d’institution sociale, et cette institution n’empêchait pas qu’il y eût des ilotes à Sparte. Il est même certain que l’inégalité était de droit divin dans ce pays de la civilisation antique, car on y trouvait des familles dont l’origine céleste était inscrite dans l’histoire des Dieux. L’égalité de tous les hommes devant le créateur du monde, principe éternel de liberté, est donc une théorie fondamentale de bonheur qui n’a sa source que dans l’Évangile.

Par malheur, cette consolante théorie ne fut répandue parmi les hommes que dans les circonstances les moins favorables à sa manifestation. La dégénération de la Grèce, après les conquêtes d’Alexandre, puis les débauches romaines, enfin les dévastations des barbares qui se ruèrent sur l’empire, opposèrent d’insurmontables obstacles à ses effets immédiats. Réduit à lutter contre la violence de ses persécuteurs, le christianisme ne put offrir à ses prosélites, dans les premiers temps, que les consolations d’une autre vie, incapable qu’il était de leur procurer le bien-être en celle-ci. Chose remarquable ! quand vint le triomphe universel de la foi catholique, de cette foi qui devait régénérer le monde et lui donner la liberté, le monde se trouva plongé dans un abrutissement dont il n’y avait point eu d’exemple jusqu’alors, et fut soumis au plus dur asservissement qui jamais ait pesé sur les hommes.

Tout avait péri, jusqu’à l’espérance de temps meilleurs : la résignation en