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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/155

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

des tons ayant été dépassées par les compositeurs des chants sacrés, il était devenu fort difficile de les distinguer l’un de l’autre. Telles étaient les altérations que l’établissement des barbares en Italie avait introduites dans les chants de l’église, qu’il y a lieu de croire que les plus anciens de ces chants, par exemple le Te Deum attribué à S. Ambroise, ont entièrement perdu leur caractère primitif.

Ce fut en ces circonstances que S. Grégoire, appelé le Grand, entreprit une nouvelle réforme et des échelles tonales et du mode d’exécution des chants de l’église. Son premier soin fut de rassembler ce qui restait des anciennes mélodies grecques et de celles qui avaient été composées par S. Ambroise, Paulin, Licentius, et plusieurs autres ; il en forma l’antiphonaire qu’il appela centonien, c’est-à-dire, composé de fragmens.

Mais à peine eut-il commencé son travail, qu’il reconnut l’impossibilité de réduire la tonalité de tous ces morceaux aux quatre échelles tonales d’Ambroise ; car, suivant leur goût et peut-être la nature de leur voix, les compositeurs d’hymnes et d’antiennes avaient franchi souvent les bornes de ces échelles. Grégoire divisa donc chacun des tons primitifs en deux, appelant authentiques, les quatre tons de S. Ambroise, et plagaux, les quatre autres qu’il y ajoutait. Les échelles de ceux-ci correspondaient pour la qualité des notes à celles des tons authentiques, mais elles commençaient à une quarte plus bas, et la dominante du ton, au lieu de se trouver à une quinte au-dessus de la première note de l’échelle, n’était qu’à une quarte supérieure ; distinction qui donne aux tons plagaux un caractère tout différent des tons authentiques. Les échelles de ces huit tons furent disposées de la manière suivante :

Premier ton (authentique) : ré, mi, fa, sol, la, si bémol, ut, ré.
Deuxième ton (plagal) : la, si bémol, ut, ré, mi, fa, sol, la.
Troisième ton (authentique) : mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi.
Quatrième ton (plagal) : si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si.
Cinquième ton (authentique) : fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa.
Sixième ton (plagal) : ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut.
Septième ton (authentique) : sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol.
Huitième ton (plagal) : ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré.

L’échelle générale des sons contenus dans ces huit tons s’étendait depuis le la grave jusqu’au sol de la seconde octave ; pour représenter ces sons, Grégoire emprunta à l’ancienne notation latine les sept premières lettres de l’alphabet ;