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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/156

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

elles lui servirent comme signes des notes les plus graves ; pour ceux de la deuxième octave, il employa les mêmes lettres, mais en caractères minuscules. La notation du système grégorien fut donc disposée ainsi :

La, si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi, fa, sol.
A,  B,  G,  D,  E,  F,   G,  a,  b,  c,  d,  e,  f,   g.

Quant à la note si, qui dans le premier ton est d’un ton plus bas que dans les autres, Grégoire le représente par bémol dans le premier ton, et par bécarre dans les autres.

Après cette réforme, le chant ecclésiastique fut appelé grégorien, du nom de son régulateur, et se conserva intact jusqu’au onzième siècle. Mais l’usage de l’accompagner par une sorte d’harmonie fort imparfaite ne tarda pas à s’introduire dans l’église. Il n’est pas certain que ce furent les Goths qui répandirent cet usage dans les Gaules et en Italie, mais on ne peut se refuser à l’évidence des notions de cette harmonie qui s’étaient généralement répandues peu après que les Lombards eurent vaincu les Goths et se furent emparés du Piémont, du Milanais et d’une partie de la Toscane. Ces Lombards, déjà connus de Tacite, habitaient la Suévie avant qu’ils en sortissent au sixième siècle pour faire des conquêtes. Leur domination en Italie dura plus de deux cents ans. Pendant ce long espace de temps, ils répandirent en Europe non seulement les faibles connaissances d’harmonie qu’ils possédaient, mais on leur dut les premières notions d’une notation musicale qui fut certainement l’origine de celle dont on se sert aujourd’hui.

On a vu que les peuples du Nord paraissent avoir connu, dans les temps les plus anciens, la méthode d’harmoniser certaines notes de leurs chansons populaires en quintes et en octaves, et qu’ils chantaient à l’unisson d’autres passages de ces mêmes airs. Or, c’est précisément ce système d’harmonisation qu’on trouve dans quelques-uns des premiers monumens de la musique d’église à plusieurs voix. Le plus ancien spécimen connu de ce genre d’harmonie ecclésiastique se trouve dans un manuscrit du neuvième siècle qui a appartenu à l’ancienne bibliothèque de Saint-Victor[1] ; mais on a vu par les passages extraits des ouvrages d’Isidore de Séville, que plus de deux cents ans auparavant la diaphonie était connue. Hucbald, moine de St.-Amand, en Flandres, nous fournit ensuite au commencement du dixième siècle un exemple de la diaphonie

  1. Je ferai connaître ce curieux morceau dans mon Histoire générale de la musique.