hydrauliques, desquelles il résulte qu’on n’a que des notions fort incomplètes de ce genre d’instrument. Les seules conclusions auxquelles il arrive, c’est qu’ils offraient dans leur mécanisme beaucoup d’imperfections qui les rendaient inférieurs aux orgues à vent, et que l’eau, agent de leur sonorité, était aussi celui de leur destruction.
Tous les historiens de la musique se sont accordés pour donner à l’orgue une origine orientale. Les plus raisonnables sont ceux qui n’ont pas cru d’après une expression de la Bible mal interprétée qu’il y eût un instrument de cette espèce parmi ceux des Hébreux. Cependant, on a allégué en faveur de l’existence de cet instrument dans la Palestine, la lettre à Dardanus attribuée à S. Jérôme par beaucoup de manuscrits, mais dont l’authenticité est contestée par les meilleurs critiques. Cette lettre, où se trouvent les descriptions de beaucoup d’instrumens de musique qui semblent être plutôt le fruit d’une imagination fantasque que l’expression de choses réelles, renferme aussi l’analyse obscure d’un orgue dont la chambre à vent aurait été formée de deux peaux d’éléphant, et qui aurait eu douze soufflets et quinze tuyaux. Cet orgue aurait existé à Jérusalem, et sa force aurait été telle qu’à mille pas de cette ville, c’est-à-dire, au mont des Oliviers, on aurait pu l’entendre[1]. Tous les manuscrits qui contiennent cette lettre renferment des figures des divers instrumens qui y sont décrits ; mais souvent ces figures diffèrent entre elles de telle sorte qu’il est facile de voir qu’elles sont purement de fantaisie. Telles sont les deux figures de l’orgue dont il s’agit, publiées par l’abbé Gerbert[2]. Elles ne se ressemblent en aucun point ; mais, suivant la description, elles n’ont point de clavier, et l’on ne peut comprendre comment on faisait parler chaque tuyau à volonté, à moins qu’à chacun correspondit un soufflet, ce qui ne s’accorde point avec le nombre indiqué de chacun d’eux.
Au reste, je ne veux point élever de doute sur l’existence de l’orgue pneumatique au quatrième siècle, car un passage du commentaire de S. Augus-
- ↑ Primum omnium ad organum, eo quod majus esse his in sonitu et fortitudine nimia computantur, clamores veniam : de duobus elephantorum pellibus concavuum conjungitur ; et per duodecim fabrorum sufflatoria comprensatur ; per quindecim cicutas æreas in sonitum nimium, quos in modum tonitrui concitat ; ita ut per mille passuum spatia sine dubio sensibiliter utique et amplius audiatur : sic apud Hœbreos de organis, quæ ab Hierusalem, usque ad montem Oliveti et amplius sonitu audiuntur comprobatur.
- ↑ De Cantu et Mus. Sacr., t. 2, pl. 23 et 27.