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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/159

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

tin sur le 56e psaume[1] ne laisse aucun doute sur la connaissance qu’on avait alors de cet instrument. On a cité aussi, sur ce sujet, une épigramme grecque rapportée par Ducange[2] où l’on a cru voir la description d’un orgue qui aurait appartenu à l’empereur Julien le Philosophe ou l’Apostat ; mais je crois qu’on s’est trompé sur la nature de l’instrument dont il s’agit dans cette épigramme[3]. Quoi qu’il en soit, si l’orgue pneumatique était connu au quatrième siècle, comme cela paraît démontré, rien ne prouve que son origine fût plutôt orientale que septentrionale. Un savant musicien, Zarlino, a dit que cet instrument a passé de la Grèce en Hongrie, et que de là il a été transporté dans la Bavière[4] ; on ne voit pas sur quelle autorité il a avancé ce fait. Il est certain qu’il y a eu des orgues en Hongrie et en Bavière dans des temps fort reculés ; mais on ne trouve nulle part la preuve qu’elles y étaient venues de la Grèce[5].

Ici se présente le moment d’examiner si l’introduction de la diaphonie ou l’emploi simultané des sons dans l’exécution du chant ecclésiastique est dû à l’admission des orgues dans les églises. J’ai fait voir que cette diaphonie était déjà connue dans l’Europe méridionale à la fin du sixième siècle, et l’on ne voit pas qu’il y eût alors un seul orgue dans les églises d’Italie, de France ou d’Espagne. Il est vrai que Zarlino parle[6] d’un ancien sommier d’orgue qui lui avait été donné par un célèbre facteur d’instrumens de cette espèce, nommé Vincenzo Colonna. Selon lui, ce sommier aurait été celui de l’orgue de l’ancienne ville de Grado, qui aurait été pillée en 580 par le patriarche d’Aquilée Poppo, et dont l’église principale aurait éprouvé le même sort peu de temps après, par les dévastations de Fortunat l’Arien et de Lupo, duc de Frioul. Zarlino cite pour son autorité sur ce fait Bernard Giustiniani ; mais M. de Winterfeld a fort bien remarqué qu’il n’a pas saisi le sens de cet auteur qui

  1. Organa dicuntur omnia instrumenta musicorum ; non solum illud organum dicitur, quod grande est et inflatur follibus, sed etiam quidquid aptatur ad cantilenam et corporeum est.
  2. In voc. Organum. Gloss. Med. et inf. latin.
  3. Voyez ma dissertation sur la connaissance que les anciens peuples ont pu avoir de l’orgue pneumatique, dans le 3me volume de la Revue Musicale, p. 193.
  4. Sopplim. Musicali, 1. VIII.
  5. Il y avait beaucoup plus de rapports entre l’usage de l’orgue et l’harmonie pratiquée par les peuples du Nord, qu’entre cet instrument et les simples mélodies des Grecs.
  6. Sopplim. Musicali, 1. VIII, c. 3, p. 291.