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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/161

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

cet instrument à Pépin, qui le fit placer, dit-on, dans l’église de Saint-Corneille, à Compiègne. Les historiens postérieurs, particulièrement l’anonyme de Saint-Gall, et Aventinus, ou plutôt Turnmair, ont dit que ce fut ce prince qui reçut le présent de Constantin : cela est de peu d’importance ; mais leur erreur est plus grave lorsqu’ils font des descriptions emphatiques de l’instrument dont il s’agit. Si l’on en croyait Turnmair, auteur des Annales de la Bavière (mort en 1534), cet orgue aurait été une grande machine avec des claviers pour les mains et les pieds : il est évident que l’historien n’a fait cette description que d’après ce qu’il voyait dans les églises de son temps. Nul doute que les premières orgues à vent n’aient été de petites boîtes portatives, comme on en voit dans quelques peintures anciennes et dans des manuscrits des douzième et treizième siècles. Les petites dimensions de ces instrumens n’empêchaient pas qu’ils eussent une assez grande force de son. J’ai sous les yeux un petit orgue régal, qui paraît avoir été construit au quinzième siècle, et peut-être au quatorzième, car les peintures dont il est orné sont exécutées au blanc d’œuf. La largeur de la boîte qui contient le clavier, les tuyaux en cuivre et le mécanisme des soupapes n’est que de huit pouces environ, et sa hauteur, de cinq. Deux soufflets, dont les cavités lui servent d’enveloppe lorsqu’on veut transporter l’instrument, s’adaptent à de petits porte-vent saillans. Les tuyaux, dont le plus long n’a pas plus de quatre pouces et demi et huit lignes de diamètre, sont placés dans une position horizontale. Ce ne sont pas ces tuyaux qui chantent lorsque l’instrument est joué, mais les anches en cuivre qu’ils contiennent. Ces anches battent sur les parois de leur bec, ce qui donne à leur son une intensité dure et rauque qui surpasse celle de certains orgues volumineux composés d’une réunion de plusieurs jeux. Ce curieux instrument appartient au couvent de Berlaimont, de Bruxelles ; on le garde comme une précieuse relique, parce que la fondatrice du couvent (morte au seizième siècle), en jouait. Sous le rapport de l’histoire de l’art, c’est aussi un monument important destiné à nous faire comprendre l’effet des petites orgues qu’on voit sur d’anciens tableaux et dans de vieux manuscrits.

Une histoire complète de l’orgue ne peut trouver place dans ce résumé. Je me bornerai donc à dire que le plus ancien orgue construit dans l’Europe méridionale, et dont on a conservé le souvenir, est celui que Georges, prêtre vénitien, a fait en l’année 826 pour le palais d’Aix-la-Chapelle par l’ordre de Louis-le-Débonnaire. Ce Georges paraît avoir été Grec d’origine ; ce qui a