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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/162

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

peut-être contribué à établir l’opinion que les orgues ont passé de la Grèce dans l’Occident. Mais il avait voyagé en Allemagne et il ne serait pas impossible qu’il y eût appris les principes de la construction de ces instrumens[1]. Il est certain qu’au neuvième siècle il y avait en Allemagne, de plus habiles facteurs d’orgues et des organistes plus instruits qu’ailleurs, car le pape Jean VIII (élu en 872) écrivait à Anno, évêque de Freising (en Bavière), pour le prier d’envoyer en Italie un orgue avec un artiste capable d’en construire et d’en jouer[2]. Zarlino parle d’un orgue de la cathédrale de Munich, le plus ancien qu’il y eût au monde, et dont les tuyaux étaient en buis, d’une seule pièce.

Ce serait une erreur de croire que l’accompagnement de l’orgue ajouté aux mélodies de l’église ait pu être composé d’accords complets, alors même que la grossière harmonie par successions de quartes, de quintes et d’octaves était généralement adoptée dans l’église, et qu’elle avait pris le nom d’organum ; car rien n’était plus difficile que de faire des accords sur le clavier de cet instrument. D’abord composé d’un seul jeu d’anches appelé régal, il n’avait point de registre, et ses touches étaient d’une telle dimension en largeur, qu’on ne pouvait faire résonner les notes qu’en les frappant à coups de poing. Il y avait dans les églises de Saint-Paul à Erfurt, de Saint-Étienne à Halberstadt, et de Saint-Jacques à Magdebourg, des orgues dont le clavier, composé d’un petit nombre de touches plus larges que la main, et concaves à leur partie supérieure, n’avait pu être joué que par les poings ou les coudes[3]. Or, lorsque le goût général du chant en organum fut généralement répandu, on imagina, ne pouvant jouer plusieurs notes à la fois sur le clavier, de réunir le son de plusieurs tuyaux accordés à la quinte et à l’octave, en sorte qu’en frappant une seule touche, l’organiste faisait résonner toute l’harmonie diaphonique, triphonique ou tétraphonique de cette note, suivant qu’il y avait

  1. Bedos-de-Celles dit, dans la quatrième partie de son Art du facteur d’orgues, que Georges a formé des élèves qui se sont établis en Allemagne et y ont fait prospérer la facture de l’orgue : cette assertion n’est appuyée d’aucune autorité ancienne.
  2. Precamur autem, ut optimum organum cum artifice, qui hoc moderari et facere ad omnem modulationis efficaciam possit, ad instructionem musiæ disciplinæ nobis aut deferas, aut cum eisdem reditibus mittas (Vid. Baluzii Miscellan., lib. V, p. 470.)
  3. L’orgue d’Halberstadt, construit vers le milieu du onzième siècle, a été décrit par Michel Prætorius dans son livre intitulé : Syntagma Musicum (t. 2, part. III, p. 93 et suiv.) ; mais Gaspard Calvoer est entré dans des détails plus précis sur ce curieux instrument, dans sa Saxonia inferior antiqua gentilis et christiana (p. 200).