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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/165

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

tion a été conservé dans un manuscrit qui a existé en Irlande, pendant des siècles dans une des familles des Cavanaghs, et qui a été découvert par un M. Beauford. Celui-ci le communiqua à Walker, qui l’a publié dans ses Mémoires historiques sur les bardes irlandais (p. 105). Ce M. Beauford croyait que cette notation ne remontait pas plus haut que le quinzième siècle, parce que les caractères de l’écriture du manuscrit indiquaient cette époque ; et il pensait que ce pouvait être une notation imaginée par quelque moine pour son usage participer, ajoutant que ce n’était pas celle dont s’étaient servi les anciens bardes. Je prouverai dans mon Histoire générale de la musique que son erreur est complète, par des développemens analytiques qui ne peuvent trouver place dans ce rapide résumé. À l’inspection de cette notation, il est évident qu’elle ne dérive d’aucun autre système connu, et qu’elle est originale comme la langue celtique. J’en ai décomposé l’échelle avec la traduction en notes de musique européenne ; on la trouvera dans la figure 1 de la planche a qui accompagne ce résumé. J’y ai ajouté un exemple de l’harmonie usitée chez les anciens bardes. Cet exemple est emprunté au manuscrit dont il s’agit. (V. pl. a, fig. 2).

La notation celtique ne paraît pas avoir pénétré dans l’Europe méridionale ; c’était en quelque sorte l’écriture hiéroglyphique de la musique des bardes : eux seuls en avaient le secret. Il n’en est pas de même des notations saxonnes et lombardes, car on trouve partout des monumens de celles-ci. Bien que différentes dans leurs détails, elles paraissent avoir une origine commune, et il y a lieu de croire que cette origine remonte aux temps les plus reculés. Les rapports qui existent entre ces deux notations se manifestent par un caractère principal qui consistait à représenter les sons isolés par des points dont la position respective d’élévation ou d’abaissement déterminait les intonations. Les différences des deux notations ne se trouvaient que dans les formes des signes destinés à représenter des groupes de sons.

Le plus ancien monument de la notation saxonne qui m’est connu est un antiphonaire anglo-saxon accompagné du chant : ce manuscrit de la fin du huitième siècle a appartenu à l’abbé de Tersan qui l’a vendu avec quelques autres antiquités à lord Erskine. Il est regrettable que ce reste précieux d’une époque si reculée ne soit point passé dans quelque bibliothèque publique où les érudits auraient pu en prendre connaissance. Heureusement un autre monument non moins important qui existe parmi les manuscrits de la Bibliothèque des Ducs de Bourgogne, à Bruxelles, peut nous consoler de l’oubli où