écrivains que je viens de nommer, paraît avoir été destiné à servir de manuel dans ces écoles : c’est le Dialogue sur la musique attribué à l’abbé Odon de Cluny ; toutefois, les séries de questions et de réponses qu’il contient ne peuvent être considérées comme une méthode d’enseignement, car on n’y trouve rien qui puisse donner l’intelligence de l’art, ni en rendre la pratique plus facile.
Le premier inventeur d’une véritable méthode de musique fut un moine de l’abbaye de Pompose, nommé Gui, né dans la petite ville d’Arezzo, en Toscane, vers la fin du dixième siècle. Étonné de voir employer dans les écoles de chant ecclésiastique plus de dix années à former des chanteurs de chœur fort inhabiles, il se mit à la recherche des causes qui rendaient l’enseignement si long et si imparfait. Il vit bientôt qu’en l’absence du maître, il n’existait aucun moyen d’étude pour les élèves, n’y ayant dans ces temps barbares point d’instrument commode au moyen de quoi chacun put régler les intonations de sa voix. Le monocorde, dès long-temps connu, n’avait servi jusque-là qu’à faire des recherches spéculatives sur les proportions de l’échelle des sons ; Gui imagina d’en faire un régulateur du chant, et pour cela il en construisit un d’une forme simple, indiqua la manière d’en faire la division pour toutes les notes de l’échelle, et d’y placer des chevalets mobiles destinés à rendre sensibles leurs intonations ; enfin son premier soin fut de rendre populaire l’usage de cet instrument qui permit aux élèves de faire des études particulières sur ce que le maître leur enseignait.
Ce moyen mécanique propre à donner de la justesse aux intonations de la voix, ne suffisait pourtant pas pour composer, à lui seul, une méthode de solmisation. Les lettres de la notation grégorienne représentaient bien aux yeux l’ordre dans lequel les sons étaient disposés dans l’échelle, et les signes qui répondaient à chacun, mais elles ne pouvaient pas plus que les notes de la musique moderne rappeler à la mémoire les intonations de ces sons. Or, le son le plus grave d’un chant étant trouvé par le monocorde, il y aurait eu trop de lenteur à chercher sur cet instrument toutes les autres notes de ce chant ; Gui conseilla donc de prendre pour modèle une mélodie connue, quelle qu’elle fût, pourvu qu’on la sût bien, et de comparer les intonations des notes de cette mélodie avec celles des notes semblables du chant qu’on voulait apprendre. Bientôt ces comparaisons répétées devaient imprimer dans la mémoire le souvenir des intonations. Dans une lettre qu’il écrivait sur ce sujet à un moine de ses amis, il dit qu’il avait l’habitude de