royale de Paris, ni dans ceux qui ont été publiés par l’abbé Gerbert[1] on ne trouve aucune notion ni des noms de notes, ni de la division de l’échelle en hexacordes, ni des conséquences de ce bizarre et déraisonnable système. Les successeurs immédiats de ce moine, parmi les écrivains sur la musique tels que Bernon, Hermann Contract et Guillaume, abbé d’Hirschau, ne parlent pas plus de ce système ; et Jean Cotton, qui paraît avoir vécu postérieurement à 1050, est le plus ancien auteur qui me semble en avoir parlé. À ce qu’il en dit, il ajoute que de son temps les Anglais, les Allemands et, les Français étaient les seuls qui fissent usage du nom des notes ut, ré, mi, etc.,[2], et que les Italiens avaient adopté d’autres syllabes. Cette assertion est d’autant plus singulière que dans les temps modernes les Allemands et les Anglais ne solfient que par les lettres, et que les Italiens ont conservé le système des hexacordes long-temps après qu’il eut été abandonné par tous les autres peuples.
Quel qu’ait été l’auteur du système de la division de l’échelle en hexacordes, et de la solmisation par ce système, il est certain qu’il introduisit dans l’art une des erreurs les plus singulières que l’histoire signale, et qu’à une méthode de chant simple et facile, il en substitua une autre hérissée de difficultés et d’embarras. Si tous les chants avaient été renfermés dans l’intervalle de six notes, la nouvelle méthode n’aurait pas eu d’inconvéniens ; mais il n’en était pas ainsi, et souvent la mélodie descendait plus bas que la note la plus grave de l’hexacorde, ou s’élevait au-dessus de la plus haute. De là naissait la nécessité de changer souvent d’hexacorde, et de passer de l’un à l’autre plusieurs fois dans le cours d’un même chant. Ces changemens d’hexacordes furent appelés muances. Voici quel en était le mécanisme.
L’échelle des sons alors employés dans la musique s’étendait depuis le sol grave de la voix de basse, jusqu’au mi supérieur des voix de femme ou d’enfant, ce qui présentait une étendue de deux octaves et une sixte. On divisa cette étendue en sept hexacordes dont le premier commençait au sol grave,
- ↑ Scriptores Ecclesiast. de Musica Sacra potissimum, t. II.
- ↑ Voici le passage de Jean Cotton qui se rapporte à cette singularité : « Sex sunt syllabæ, quas ad opus musicæ assumimus, diversæ quidem apud diversos : verum Angli, Francigenæ, Alemanni ut, ré, mi, fa, sol, la. Itali antem alias habent : quas qui nosse desiderant stipulentur ab ipsis. » (Job. Cottonis Tract. de Musica, c. 1, apud Gerberto, t. 2, p. 252.)