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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/178

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

paraissent pas, au premier aspect, avoir un rapport immédiat avec le sujet qui m’occupe en ce moment ; mais je pense qu’il me suffira d’en faire une légère analyse pour démontrer leur importance, et pour faire voir qu’ils nous fournissent la preuve de l’existence d’une musique mesurée dès la première moitié du neuvième siècle.

Un manuscrit qui a appartenu autrefois à l’église Saint-Martial de Limoges, et qui se trouve maintenant à la Bibliothèque royale de Paris (sous le no 1154), contient (fol. 136 v°) une chanson latine composée par Angelbert sur la bataille de Fontenai (en 842). J’ai parlé déjà de cette pièce qui est notée en notation saxonne, et qui a pour titre : Versus de bella qui fuit acta Fontatnieto[1]. Je crois qu’on ne verra pas sans intérêt les premiers couplets de cette chanson, le plus ancien monument authentique de la musique mesurée et de la poésie chantée du moyen-âge. (On en trouvera la musique avec la traduction notée à la planche d.)

Aurora cum primo mane
Tetram noctem dividens
Sabbatum non illud fuit.
Sed Saturni dolium
De fraterna rupta pace
Gaudet Dæmon impius.

Bella clamant hinc et inde,
Pugna gravis oritur,
Frater fratri mortem parat.
Nepoti avunculus
Filius nec patri suo
Exhibet quod meruit.

Le rhythme de ces vers est celui du ïambique pur, qui, par la disposition alternative de ses longues et de ses brèves, correspond exactement à la mesure ternaire de la musique. La mélodie de la chanson d’Angelbert ne peut donc être traduite en notation moderne que dans la mesure à trois temps. Remarquez aussi que par un artifice de la poésie, le repos final de la phrase se pré-

  1. L’abbé Le Bœuf a publié les vers de cette chanson dans son Recueil de plusieurs écrits pour servir d’éclaircissement à l’histoire de France et de supplément à la notice des Gaules (t. 1, p. 164), mais il n’a pu en déchiffrer la musique, et il n’a pas compris l’importance de ce monument sous le rapport de l’histoire de l’art.