sente de trois vers en trois vers. Ce genre de disposition rhythmique a été considéré long-temps après comme une nouveauté.
L’exemple qu’on vient de voir d’une mélodie rhythmée par la poésie n’est pas le seul qui se trouve dans le manuscrit d’où je l’ai tiré : on y voit aussi une lamentation sur la mort de Charles-le-Chauve (Planctus Karoli) composée dans le neuvième siècle et notée à la manière saxonne, morceau singulier dont l’existence a été ignorée de tous les historiens ; la complainte de l’abbé Hugues, du même temps et aussi notée ; la chanson de Godeschalch, la complainte de Lazare, par Paulin, la chanson du duc Henri, par le même, et, ce qui est peut-être d’un intérêt historique plus vif encore, on y trouve aussi la mélodie notée des vers anapestes qui sont au premier livre de la consolation philosophique de Boèce :
O stelliferi conditor orbis,
Etc.
et le chant de la septième ode du quatrième livre du même ouvrage :
Bella quis quinis operatus annis
Ultor Atrides, etc.
Qui sait si la mélodie mesurée du premier de ces morceaux où le ministre de Théodoric déplorait dans sa prison les misères de la condition humaine, n’est pas celle qu’il composa lui-même, et si nous n’avons pas dans ces chants de précieuses reliques de la musique de l’Italie, sous la domination des Goths ? Quoi qu’il en puisse être, tous les morceaux que je viens de citer, ainsi qu’une chanson érotique en langue latine et notée, qui se trouve dans un autre manuscrit de Saint-Martial de Limoges (no 1118 de la Bibliothèque royale de Paris), fournissent des preuves irrécusables de l’existence aux neuvième et dixième siècles d’un chant mesuré, rhythmé, et vraisemblablement populaire, qui était essentiellement différent du chant égal de l’église[1].
Si une opinion contraire à l’existence d’une telle musique dans ces temps reculés s’est établie parmi tous les historiens de la musique, c’est que ne trouvant dans tous les traités de musique antérieurs au douzième siècle que des ouvrages relatifs au chant ecclésiastique, ils n’ont pu soupçonner qu’il y avait un autre
- ↑ Tous ces morceaux curieux et inconnus seront publiés dans mon Histoire générale de la musique, avec la notation saxonne et les traductions en notes modernes.