trouvé, un ouvrage important de Jean de Muris sur le contrepoint, qui n’a point été publié, le manuscrit complet des œuvres de Tinctoris, que je possède, et qui, important sous le rapport de la didactique, ne l’est pas moins par la multitude de fragmens qu’il renferme de compositions écrites depuis le commencement du quinzième siècle jusqu’en 1474, et beaucoup d’autres sources de renseignemens authentiques qui ont été inconnues ou qu’on a négligées, on aura une idée de la facilité qu’il y a de connaître quels furent les progrès de l’harmonie depuis l’origine de cet art jusqu’à ce quinzième siècle qu’on a considéré comme le commencement de nos connaissances positives sur l’ancienne composition à plusieurs parties.
Si l’on veut faire une analyse rapide des développemens de l’art d’écrire en harmonie pour plusieurs voix, on trouvera que chaque époque peut se désigner par les caractères suivans.
Onzième siècle : 1° La composition de la mélodie paraît être indépendante de l’harmonie. Elle se manifeste par des chansons populaires en langue vulgaire ou latine[1], ou par des chants d’hymnes, de répons et d’antiennes sur
- ↑ La Ravallière nie l’existence des chansons en langue romane avant le douzième siècle : Je n’en ai rencontré aucune, dit-il (Poésies du roi de Navarre, t. I, p. 206), et tout ce qu’on a dit sur ce sujet est sans fondement. J’ai déjà fait remarquer que c’est assez mal raisonner que de nier l’existence d’une chose parce qu’on ne l’a pas trouvée : les découvertes relatives à l’histoire de la musique qui ont été faites depuis dix ans sont de nature à nous mettre à l’abri de conclusions de ce genre. Ce qu’on n’a pas trouvé jusqu’à ce jour, on pourra le rencontrer plus tard. L’auteur de l’article Abailard, de la Biographie universelle, partage l’avis de La Ravallière et assure que le rhythme de la langue française, alors au berceau, se prêtait peu à la douceur du chant. S’il fallait absolument que les langues fussent douces pour être chantées, on n’aurait jamais mis de mélodie sur l’ancienne poésie des Cambro-Bretons et des Irlandais.
Les auteurs de l’Histoire littéraire de la France ont rassemblé quelques passages qui démontrent que dès le onzième siècle les jeunes filles entonnaient, après les offices, des chansons en langue vulgaire, qui étaient chantées à la suite des processions, et lorsque ces mêmes processions s’arrêtaient pour prendre quelque repos (a). On a une autre preuve de l’union du chant aux paroles de la langue romane dans les Épîtres farcies, qui se chantaient à la messe dans un mélange de latin et de langue vulgaire (b).
Au reste, il existe des preuves incontestables de l’existence des chansons en langue romane, non seulement dans le onzième siècle, mais près de cent ans auparavant : si
(a) Hist. littér. de la France, t. VII. Préf., p. lj.
(b) V. le Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique de l’abbé Leboœuf, p. 115 et suiv.