monumens de cette harmonisation sont en petit nombre ; les seuls qui me sont connus sont ceux qui se trouvent dans l’ouvrage de Francon, et le morceau à deux voix du manuscrit no 1139 de la Bibliothèque royale de Paris. Le traité du chant mesuré et des règles du déchant ou de l’harmonisation composé par Francon, est le seul ouvrage de ce genre qui soit connu.
Douzième siècle. L’invention du chant des vers continue à être dans les attributions des poètes, à qui l’on donne à cause de cela le nom de trouvères, tandis que celui de déchanteurs est toujours donné aux musiciens harmonisateurs.
Dans ce siècle, la poésie en langue vulgaire se perfectionne, et la composition des chansons acquiert, sous les rapports poétique et mélodique, une importance qui fixe l’attention générale, aux dépens des progrès du déchant.
Ici se présente une des époques les plus remarquables de l’histoire de la musique européenne : elle m’oblige à entrer dans quelques développemens indispensables.
L’ignorance et l’abrutissement des populations de l’Europe occidentale étaient parvenus au dernier degré vers le commencement du douzième siècle : un sommeil de mort s’était emparé des esclaves et de leurs oppresseurs ; les moines seuls semblaient avoir conservé quelque activité dans l’intelligence.
Tout à coup les prédications de S. Bernard retentissent au milieu de ce morne silence.
Ardent, impétueux, fort de son éloquence et de son génie prophétique, il appelle au combat tous les hommes en état de porter les armes, et les pousse à la délivrance du tombeau de Jésus-Christ et des chrétiens d’Orient, tombés sous la domination du fanatisme musulman.
Alors, il y eut un but marqué dans la vie de tous ces hommes naguère condamnés à une inutile végétation.
Pour quelques uns, le désir d’acquérir de la gloire ; pour le plus grand nombre, l’espoir de briser un joug insupportable et de faire du butin ; pour tous, la certitude du salut : voilà ce qui fit sortir d’un insipide repos des multitudes innombrables et les précipita sur l’Orient.
Ce n’était pas seulement des hommes de guerre qui s’éloignaient des villes et des châteaux pour aller à la Terre-Sainte dans ces croisades, c’étaient aussi des oisifs de toute espèce, des poètes, des musiciens qui croyaient ne faire qu’un dévot et joyeux pèlerinage.
Ces derniers ne se doutaient pas qu’ils allaient chercher en Asie des formes nouvelles pour leur art.
Ce fut pourtant ce qui arriva.
On a vu dans l’aperçu historique de la musique des Orientaux que l’exécution des mélodies de tous ces peuples est surchargée d’ornemens qu’on désigne par les noms de trilles, de groupes, d’ap-