écrivait vers 12-40 : Jérôme de Moravie a écrit le troisième ; enfin, Philippe de Vitry nous a donné le quatrième. Tous ces ouvrages, différens dans leur objet et dans leur forme, renferment des documens importans pour l’histoire de la musique dans le treizième siècle. Si donc cette époque est si mal connue des historiens, c’est qu’ils n’ont eu ni le secours des plus importans de ces ouvrages, ni celui des morceaux que j’ai cités.
Quatorzième siècle. Il serait difficile d’expliquer par quelle fatalité tout ce qui pouvait porter la lumière dans l’histoire de la musique aux époques intéressantes de la formation de l’art moderne, a échappé aux recherches des savans qui en ont fait l’objet de leurs études ; il est cependant certain qu’ils n’ont pas connu les monumens les plus importans de cette histoire.
Deux auteurs du quatorzième siècle, Marchetto de Padoue, qui écrivait vers les dernières années du treizième siècle ou au commencement du quatorzième, et Jean de Muris, docteur de l’université de Paris, dont on a des ouvrages datés de 1323, et d’autres de 1345, sont les sources où ces savans ont puisé toutes leurs connaissances sur l’état de la musique au quatorzième siècle.
Par malheur, l’abbé Gerbert, à qui l’on doit la publication de quelques écrits de ce dernier, n’a pas connu les plus importans, et n’a point fait entrer son traité du contrepoint dans sa collection, en sorte qu’il a régné jusqu’ici beaucoup d’incertitude dans les notions qu’on a eues de cette partie de l’art au quatorzième siècle.
J’ai retrouvé ce traité de contrepoint qui signale des progrès sensibles dans l’enchaînement des accords, dans le mouvement des voix, et dans le rapport tonal des sons.
Le manuscrit de M. Roquefort, qui contient un autre ouvrage anonyme, daté de 1375, ajoute les renseignemens les plus curieux aux notices de Jean de Muris, et des exemples remplis d’intérêt dans des chansons à deux et trois voix. Ces morceaux nous montrent l’art déjà digne de son nom.
Dans ce même manuscrit se trouvent les plus anciens exemples connus d’exercices de vocalisation, et de précieuses notices sur les instrumens de l’époque, leur construction et l’art d’en jouer.
À ces documens importans sont venus se joindre une multitude de morceaux contenus dans un manuscrit du roman de Fauvel, qui est à la Bibliothèque royale de Paris. J’ai publié un de ces monumens dans la Revue musicale (t. XII, no 34) ; c’est un rondeau à trois voix aussi remarquable par les formes gracieuses de la mélodie, que par les ornemens du chant et la contexture harmonique.
L’auteur de cette composition, inconnu jusqu’à ce jour, est Jehannot Lescurel ; c’est, après Adam de Le Hale, le plus ancien musicien