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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/204

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

La chanson à trois voix de Francesco degli organi que j’ai publiée dans la Revue musicale nous offre le morceau d’harmonie le plus correct qui ait été écrit dans le quatorzième siècle. Le choix des intervalles qui entrent dans la composition des accords, le mouvement doux et facile des voix ; la rareté des successions de quintes ; tout enfin fait voir qu’à l’époque où ce morceau fut écrit, l’art avançait rapidement vers l’état absolu de perfection dont était susceptible le système de musique alors en vigueur.
Le quatorzième siècle nous offre aussi le premier exemple connu de musique à quatre parties : c’est une messe qui fut chantée au sacre de Charles V, et qui a été composée par Guillaume de Machault, poète et musicien, auteur de ballades et de rondeaux à deux et à trois voix qu’on trouve dans les manuscrits 2771. V, et 7609 de la Bibliothèque royale de Paris. La messe de Machault, bien qu’inférieure, sous le rapport de la correction d’harmonie à la chanson de Francesco degli organi, n’est pas moins un morceau du plus haut intérêt. Soit que l’inexpérience dans l’emploi de quatre voix ait causé de l’embarras au musicien ; soit que les habitudes de l’organum dominassent encore en France dans la musique d’église, il est certain que les successions de quintes sont fréquentes dans ces ouvrages, et que l’enchaînement des voix a bien moins d’élégance que dans la chanson de Jehannot Lescurel, quoique celle-ci soit beaucoup plus ancienne.
Il est bon de remarquer que c’est au quatorzième siècle que le nom de contrepoint (contrapunctum) a été substitué à celui de déchant (discantus) pour désigner l’art d’écrire en harmonie de plusieurs voix. Jean de Muris, paraît être le plus ancien écrivain parmi ceux que nous connaissons, qui ait employé ce mot, et qui en ait donné une définition.

Quinzième siècle. Nous voici au temps où l’art d’écrire en harmonie, abstraction faite de l’invention de la mélodie, parvint à sa perfection relative par de rapides progrès. Ici, les monumens deviennent plus abondans, et les noms d’habiles artistes se multiplient.
En 1305 le siège de la papauté avait été transféré de Rome à Avignon. Cet événement exerça quelque influence sur les progrès de la musique d’église en France, car beaucoup de chanteurs de la chapelle pontificale furent des Français ; et parmi ces chanteurs il s’en trouva qui furent assez habiles dans l’art de déchanter, c’est-à-dire, d’improviser de l’harmonie sur le plain-chant, pour écrire avec une correction de plus en plus perfectionnée des motets et des antiennes à deux ou trois voix. Par une singularité assez remarquable,