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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/205

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

ce ne fut cependant pas le midi de la France qui produisit les musiciens célèbres du quatorzième siècle ; la plupart virent le jour dans la Picardie, dans l’Artois, dans la partie de la Gaule belgique qu’on a désignée plus tard sous le nom de Flandre française, et dans les Pays-Bas. Lorsque Grégoire XI transporta de nouveau le siège apostolique à Rome, en 1377, la plupart des musiciens français de la chapelle pontificale suivirent la cour papale ; de là vient que les chanteurs les plus distingués de cette chapelle furent longtemps des Français et des Belges, car l’exemple des premiers conduisit beaucoup d’autres artistes en Italie. Les archives de la chapelle sixtine fournissent des renseignemens qui ne laissent aucun doute à cet égard.

C’est un document de cette espèce qui a fait trouver, par M. l’abbé Baini, le nom de Guillaume Dufay de Chimay, parmi les chanteurs pontificaux, en 1380. Ce musicien, qui devint ensuite célèbre et qu’on peut considérer comme un chef d’école, paraît avoir perfectionné quelques parties de la notation, et avoir particulièrement influé sur la substitution de la notation blanche, à l’ancienne notation noire qui était en usage depuis le onzième siècle. Déjà les livres de Marchetto de Padoue et de Jean de Muris, nous montrent des exemples de cette notation mêlée à la notation noire[1] ; cependant il paraît qu’on en faisait peu d’usage dans la pratique, car tous les monumens de musique harmonisée que j’ai trouvés parmi ceux du quatorzième siècle, sont en notation noire, et les ouvrages de Guillaume Dufay sont les plus anciens où les notes blanches sont habituellement employées[2].

Plusieurs musiciens célèbres appartiennent à l’époque de Dufay ; Égide Binchois, Vincent Faugues, Éloy et Brassart sont les principaux. Il serait difficile de décider aujourd’hui quel est celui de ces artistes qui a exercé le plus d’influence sur le système de l’art, et particulièrement sur la notation et l’harmonie ; car tous sont également vantés par leurs contemporains ou

  1. M. R. G. Kiesewelter dit, dans son Histoire de la musique occidentale (Geschischte der europœisch-abendlœndischen oder unsrer heutigen Musik, p. 47), que Jean de Muris ne connaissait que les notes noires, dont Guillaume de Machault se servait encore en 1367 : c’est une erreur qu’il a puisée dans ce qui a été publié par Gerbert des ouvrages de Jean de Muris ; dans le traité du contrepoint et de la notation de cet auteur, il y a des exemples de notation blanche.
  2. Les détails biographiques et critiques qui concernent les savans et les artistes nommés dans ce résumé historique ne pouvant trouver place ici, je renvoie une fois pour toutes à la Biographie.