sensiblement et se multiplia au point de devenir le trait caractéristique de toute musique bien faite.
L’imitation et le canon ne se firent d’abord qu’à l’unisson ou à l’octave, comme on le voit dans les morceaux de Dufay et d’Éloy, cités précédemment ; plus tard on en fit à la quarte ou à la quinte supérieures ou inférieures.
Les trois dernières mesures du kyrie d’Éloy (V. l’ouvrage de M. Kiesewetter : Geschichte, etc., pl. xiii) renferment un passage en imitation à quatre voix, sur une note tenue dans une cinquième partie ; c’est le plus ancien exemple que je connaisse de cet artifice d’harmonie.
Il n’est pas inutile de faire remarquer que dès la seconde moitié du quatorzième siècle, les ornemens du chant devinrent plus rares dans la musique harmonisée, et qu’ils disparurent presque entièrement de celle qui était destinée aux voix, dans le quinzième, car on n’y trouve presque plus d’exemple de la plique ; mais ces ornemens se réfugièrent dans la musique instrumentale, où on les employa ensuite avec excès, comme le prouvent d’anciennes pièces d’orgue, notamment celles de Sébastien Wirdung (organiste de la fin du quinzième siècle) que j’ai sous les yeux.
Ce fut vers 1420 que commença le nouveau genre de musique où les canons, les imitations, les énigmes de toute espèce tenaient lieu de tout autre intérêt.
C’est à développer toutes les finesses de cet art singulier que s’appliquèrent dès lors tous les musiciens, et l’esprit de calcul usurpa dans tous leurs ouvrages la place des inspirations du génie.
La force morale de la musique n’ayant point encore frappé ces artistes, il n’était guère possible qu’ils fissent autre chose.
L’art tout entier dut se tourner en artifices du même genre ; de là l’origine du système de proportions dans la notation qui paraît s’être établi et développé vers le même temps : cet art ne fut plus que celui des combinaisons jusqu’à l’époque d’une réforme mémorable dont il sera parlé plus loin.
Nul moyen d’apprécier le mérite des musiciens du quinzième siècle et de la première partie du seizième, si l’on ne se place au point de vue que je viens d’indiquer.
Depuis 1420 jusqu’en 1440 ou 1450, les musiciens qui paraissent avoir eu de la réputation sont Domarto ou Domart, Barbingant et Praylois, cités par Tinctoris, écrivain du même siècle, dans son Proportionale musices.
Les noms de Le Rouge, de Courbet et de Hombert, sont aussi cités par le même auteur ; mais il est impossible de décider, d’après ce qu’il en dit, s’ils ont écrit avant 1480 ou postérieurement.
Ce qui est certain, c’est que le petit
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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE