sur la quinte fa, ut, soit enfin par l’harmonisation de fa avec si, qu’on appelait mi. Lorsque ce dernier cas se présentait dans la composition, avec la réunion du cinquième degré de la gamme, c’était toujours par l’effet d’une prolongation de note entendue précédemment en l’état de consonnance[1], ce qui en affaiblissait l’effet. Or, le résultat immédiat de la prohibition des rapports de la note supérieure du premier demi-ton avec la note inférieure du second, était qu’il ne pouvait y avoir de note sensible réelle dans la musique, conséquemment, que la tonalité de la musique actuelle ne pouvait exister. Car, remarquez qu’il n’y a de note sensible que parce qu’il y a répulsion harmonique entre la quatrième note et la septième ; répulsion qui conduit l’une à descendre, l’autre à monter, en sorte que la note sensible n’aurait pu naître de la seule mélodie.
Eh bien, ce que la doctrine avait condamné, ce que les siècles avaient proscrit, un homme osa le faire un jour. Guidé par son instinct, il eut plus de confiance dans ce qu’il lui conseillait que dans les règles ; et, malgré les cris d’épouvante de tout un peuple de musiciens, il osa mettre en rapport la quatrième note de la gamme, la cinquième et la septième : par ce seul fait il créa les dissonances naturelles de l’harmonie, une tonalité nouvelle, le genre de musique qu’on appelle chromatique, et, conséquemment, la modulation. Que de choses produites par une seule agrégation harmonique ! L’auteur de cette merveilleuse transformation de l’art est ce même Monteverde que j’ai signalé tout à l’heure comme inventeur de nouveautés remarquables dans l’instrumentation. Lui-même s’attribue l’invention du genre modulé, animé, expressif, dans la préface d’un de ses ouvrages. C’est qu’en effet, l’accent passionné n’existe et ne peut exister que dans la note sensible, et que celle-ci ne peut naître que de son rapport avec le quatrième et le cinquième degré de la gamme ; c’est que toute note mise en rapport harmonique de quarte majeure avec une autre détermine la sensation d’un ton nouveau, sans qu’il soit nécessaire de faire entendre une tonique ni de faire un acte de cadence, et que par cette faculté de la quarte majeure de créer immédiatement une note sensible, la modulation, c’est-à-dire la succession nécessaire de tons différens, devient facile. Admirable coïncidence de deux idées fécon-
- ↑ C’est ainsi que la quinte mineure, dans l’accord de sixte majeure avec tierce mineure est employée par Palestrina dans le troisième répons des matines de Jeudi-Saint, mais sans la réunion du cinquième degré.