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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/226

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

des ! Le drame musical prend naissance ; mais le drame vit d’émotions et la tonalité du plain-chant, grave, sévère et calme, ne saurait lui fournir d’accens passionnés, et l’harmonie de cette tonalité ne renferme pas les élémens de la transition : alors le besoin inspire le génie, et tout ce qui peut donner la vie à la musique du drame est créé d’un seul coup. Grandes et rapides furent les conséquences de cette belle découverte, car dans la première moitié du dix-septième siècle, l’expression dramatique de la musique était déjà parvenue à des effets d’une puissance fort remarquable[1].

Quel que soit mon désir de me hâter et de terminer le tableau des transformations de la musique, je suis forcé de m’arrêter ici pour redresser des erreurs qui se sont accréditées parmi quelques hommes de mérite. Plusieurs auteurs ont cru qu’antérieurement à Monteverde, le genre improprement appelé chromatique était connu et employé ; dans ces derniers temps, M. de Winterfeld a cité des exemples de Luc Marenzio et du prince de Venouse, qui ont été, en effet, les prédécesseurs de Monteverde. Avant Marenzio et Gesualdo, Vicentino avait aussi prétendu retrouver un genre chromatique, qu’il croyait analogue à celui des Grecs. Mais qu’on examine l’exemple qu’il en a donné[2] ; qu’on étudie les exemples de Marenzio, de Gesualdo, de tous ceux enfin qui ont cru faire de la musique chromatique antérieurement à Monteverde, on acquerra la conviction que le véritable système de musique modulée n’existe point dans tout cela ; car les successions de tons n’y étant établies que sur des harmonies consonnantes, ces successions sont arbitraires, n’y ayant jamais entre elles de résolution nécessaire comme celle du rapport harmonique de la quatrième note avec la septième. Souvent même ces amalgames de tons non liés entre eux sont déplaisans par cela même qu’ils ne sont point logiques. Vicentino, Marenzio, Gesualdo, et plusieurs autres, ont été tourmentés par le désir de produire une nouveauté dont ils n’ont pas trouvé le principe. Un seul homme avait été, avant Monteverde, sur la voie de cette découverte ; cet artiste est Adam Gumpelzhaimer ; personne n’a parlé de lui.

  1. Si le drame musical il santo Alessio, d’Étienne Landi (Rome, Masotti, 1634, in-fol.), n’était pas d’une excessive rareté, j’y renverrais pour prouver cette assertion. Je citerais aussi les Madrigali guerrieri e amorosi, con alcuni opuscoli in genere rappresentativo, che serviranno per brevi episodii fra i canti senza gesto, de Cl. Monteverde (lib. 8, Venise, Vicenti, 1638, 4°).
  2. Dans son Antica musica ridotta alla moderna pratica.