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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/231

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

la composition de l’harmonie. Tous les préceptes sur l’emploi de cette harmonie se réduisent à des remarques sur la nature des consonnances, sur les mouvemens de ces intervalles, et sur leurs retards ou ligatures. On ne trouve pas autre chose dans les écrits de Zarlino, le plus savant des auteurs sur cette matière ; ni même dans Zacconi, qui ne publia qu’en 1596 la première partie de sa Pratique de la musique. Ce silence des écrivains sur les groupes isolés de plus de trois sons, qui ont été désignés sous le nom d’accords, a fait naître plus d’une erreur. On a cru qu’un moine de l’Observance, nommé Louis Viadana, avait été le premier qui se fût livré à l’observation de ces groupes, et qu’il avait été l’inventeur d’une sorte de basse instrumentale, appelée basse continue pour la distinguer de la basse vocale, où se trouvaient parfois des interruptions et des silences, ainsi que de la manière d’indiquer au-dessus des notes de cette basse, par des signes de diverse nature, les accords qui devaient les accompagner. Cette basse et la méthode d’accompagnement à l’usage des organistes, ont, en effet, fourni le sujet d’une instruction spéciale dont Viadana est l’auteur, et qui fut publiée en 1603 ; mais ce n’est pas ici le lieu de traiter la question du droit de l’invention qui a été contesté à Viadana ; cette question sera examinée à l’article de ce musicien. Ce qui importe, c’est de faire remarquer qu’on a confondu en une seule trois choses distinctes, qui sont : la basse continue, les chiffres des accords appliqués à cette basse pour en indiquer l’espèce aux accompagnateurs, et enfin l’analyse des faits qui composent la science de l’harmonie, pour en tirer l’expression abrégée de ces chiffres et les règles de leur emploi.

Cette analyse semblerait avoir dû précéder l’invention de la basse continue et l’application des chiffres sur celle-ci ; cependant, il n’en est fait mention par aucun des auteurs qui ont écrit à la fin du seizième siècle ou au commencement du dix-septième. Viadana a réclamé pour lui l’invention de la basse continue, en 1603, et a dit qu’il avait imaginé cette nouveauté à Rome, cinq ou six ans auparavant ; personne n’a contesté ses droits, ce qui semble prouver qu’ils étaient fondés, malgré les assertions contraires produites en des temps postérieurs. Viadana fait voir que son invention lui a été suggérée par instinct plutôt que par analyse. Il cherchait les moyens d’écrire des morceaux de musique d’église qui pussent être chantés à une seule partie, à deux, trois ou quatre, à volonté, en conservant une harmonie pleine, lors même qu’il n’y avait qu’une seule partie de chant, et il ne trouva rien de mieux qu’une basse instrumentale et continue, destinée à être jouée par la main