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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/233

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

que l’art resterait quelque temps stationnaire. Venise était alors la ville des nouveautés ; le reste de l’Italie, Rome surtout, conservait avec plus de soin les anciennes traditions classiques. Bien que les compositions des Nanini, de Benevoli, et de quelques autres maîtres de l’école romaine n’aient pas la majesté simple et solennelle des ouvrages de Palestrina, on y reconnaît pourtant le type du style ancien, et l’on voit que la manière neuve et piquante de Monteverde et de Jean Gabrieli n’avait point trouvé de faveur parmi les compositeurs romains. Ceux-ci repoussaient avec persévérance l’introduction de l’expression dramatique dans la musique d’église ; la seule innovation qu’ils adoptaient était la multiplicité des chœurs, qui étaient uniformément composés chacun de quatre parties. J’ai déjà dit que Benevoli parvint en ce genre à un degré d’habileté fort remarquable ; mais en même temps j’ai signalé les défauts inséparables des compositions de cette espèce. François Suriano, les deux Anerio, Antonelli, Abbatini, Cifra, Roger Giovanelli, François Foggia et Grégoire Allegri, furent les principaux compositeurs qui soutinrent la gloire de l’école romaine pendant la première moitié du dix-septième siècle. Hommes de science plutôt que de génie, la plupart d’entre eux se distinguèrent plus par la pureté de leur style que par la nouveauté des idées ; cependant Allegri et Foggia me semblent se distinguer des autres par les qualités d’une expression religieuse plus pénétrante, bien qu’ils aient su se défendre des défauts de l’application du style dramatique à la musique d’église. C’est à dater de leur époque que les formes de l’imitation et du canon commencèrent à devenir plus rares et qu’on cessa de leur sacrifier le sens des paroles ; car c’est surtout dans l’analogie du caractère de ces textes sacrés et de la musique que consista le talent des maîtres de l’école romaine dans la première moitié du dix-septième siècle. Il est bon de remarquer toutefois que c’est dans ce même temps que l’imitation périodique connue sous le nom de fugue commença à se formuler telle qu’elle existe maintenant, sauf quelques modifications qui y furent introduites plus tard.

Les écoles de Naples et de Bologne ne se signalèrent jusqu’en 1650 par aucun compositeur remarquable. À Venise, outre les deux Gabrieli et Monteverde, on trouvait, au commencement du dix-septième siècle, Jean Croce, surnommé Chiozzetto, homme de génie à qui l’on doit des formes nouvelles, particulièrement dans le style bouffe dont il fut en quelque sorte le créateur, et qui fut ensuite appliqué avec tant de succès à la scène par ses successeurs. armi le nombre immense de compositions qu’on doit au génie de Croce, on