Il était impossible que des chanteurs élevés de cette manière ne devinssent pas de grands artistes, si la nature les avait doués de quelques dispositions : on se donne aujourd’hui moins de peine pour arriver au but.
Si l’on en juge par la nature des cantilènes qui remplissent toutes les productions dramatiques de Caccini, de Péri, de Monteverde, de Cavalli et de tous les maîtres de la première et de la seconde école, la manière des grands chanteurs du dix-septième siècle devait être plus expressive qu’ornée. Cependant ce qu’on rapporte du talent prodigieux de Balthasar Ferri, de Pérouse, prouve que les ornemens étaient accueillis favorablement, ou plutôt avec enthousiasme. Après Ferri, les chanteurs les plus renommés de l’Italie, dans le dix-septième siècle, ont été Pasqualini, J.-B. Bolli, Piccini, qui chanta dans les opéras italiens représentés à Paris par les ordres du cardinal Mazarin, Formenti, Riccardi, Scaccia et Origoni. Depuis la fin de ce siècle, l’art du chant a reçu de notables améliorations, et d’excellentes écoles ont été établies dans toutes les parties de l’Italie. Les plus célèbres furent fondées au commencement du dix-huitième siècle et dans la suite par François Pelli, à Modène, par Jean Paita, à Gênes, par Gasparini et Lotti, à Venise, par Fedi et Amadori, à Rome, par Brivio, à Milan, par François Redi, à Florence, et enfin par Pistocchi, à Bologne. Naples eut aussi d’excellentes écoles de chant, dont Alexandre Scarlatti, Dominique Gizzi, Feo et Porpora furent les chefs. De toutes ces écoles sortirent pendant près de cent cinquante ans d’admirables chanteurs parmi lesquels on cite comme des modèles de perfection Bernacchi, Caffarelli, Elisi, Giziello, Manzoli, Farinelli, Victoire Tesi, Faustine Bordoni, Guadagni, Guarducci, Pacchiarotti, Marchesi, La Gabrielli, Mingotti, De Amicis, Aprile et Crescentini.
L’Italie, dont le climat est favorable au développement et à la conservation de l’organe vocal, a conservé pendant le long période dont je viens de parler, une supériorité incontestable dans l’art du chant, ou plutôt ce n’est qu’en Italie que cet art existait ; non qu’il n’y eût de belles voix dans les autres pays de l’Europe ; mais en Italie seulement il y avait des écoles, de la mé-