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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/241

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

thode, une atmosphère de musique qui concouraient à la formation sans cesse renouvelée de chanteurs de premier ordre.

Tandis qu’une transformation complète s’était opérée dans la musique en Italie, l’art était tombé dans un état de décadence en France et dans les Pays-Bas. Trop d’agitations politiques et religieuses avaient bouleversé ces contrées dans la dernière partie du seizième siècle et au commencement du dix-septième pour que le sort des artistes n’eût pas été compromis, pour que l’art n’en souffrît pas. Sous le règne de Louis XIII, l’art d’écrire était déjà presque entièrement perdu dans la musique d’église ; le style était de mauvais goût, et les Bournonville, ainsi que l’élève de l’un d’eux, Arthur Auxcousteaux, étaient à peu près les seuls qui eussent conservé quelques traditions de l’école de Palestrina. La musique de concert ne se composait presque entièrement que d’airs à une ou deux voix avec accompagnement de théorbe, de luth ou de clavecin. Parmi les compositeurs de ces airs, Boesset était le plus célèbre.

Quant à la musique dramatique, elle n’existait point en France au temps de Louis XIII, ni même sous la minorité de Louis XIV. Un essai qui aurait pu conduire à des progrès en ce genre, et même donner l’initiative aux Français dans la création du drame musical, s’il y avait eu parmi eux quelque homme de génie, cet essai, dis-je, fut sans résultat. Il consistait en une suite de tableaux entremêlés de récits, de danse et de musique, imaginée par Balthasar de Beaujoyeux, musicien piémontais au service de la reine Catherine de Médicis, dont l’exécution eut lieu sous le titre de Ballet comique, aux noces de Mlle de Vaudemont, sœur de la reine, et du duc de Joyeuse, favori du roi, en 1581. La musique de ce ballet avait été composée par deux musiciens de la musique du roi et de la reine, nommés Beaulieu et Salmon. Après ce ballet, bien d’autres furent composés pour la cour, et même pour les corporations de Paris ; mais ce n’étaient guère que des mascarades avec des airs de danse de peu de valeur. Les choses restèrent en cet état jusqu’en 1647, où le cardinal Mazarin fit venir à Paris une troupe de chanteurs italiens qui joua sans succès un opéra d’Orphée. À l’occasion du mariage de Louis XIV, on essaya encore de ce genre de spectacle, et de nouveaux chanteurs italiens furent appelés en France pour y faire entendre l’Ercole, de Rovetta, et le Xercès, de Cavalli ; mais ils ne réussirent pas beaucoup mieux que leurs prédécesseurs. Ce nouvel essai ne fut pourtant pas sans résultat, car il fit naître dans la tête d’un musicien nommé Cambert, et surtout dans celle de Lulli, l’idée de l’opéra fran-