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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/242

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RÉSUMÉ PHILOSOPHIQUE

çais. Lulli, amené fort jeune de Florence à Paris, n’avait point eu le temps d’apprendre dans sa patrie ce que c’était que la musique dramatique ; son talent s’était d’abord développé en France dans des motets, des symphonies, des divertissemens de comédie et des airs de ballet. Ce fut lui qui écrivit les airs de danse du Xercès de Cavalli, et ce fut sur le modèle du récitatif des airs et des chœurs de celui-ci, ainsi que sur les cantates de Carissimi, qu’il forma son style : car les opéras de Lulli, considérés long-temps comme le type de la musique française, n’étaient que de la musique italienne de l’ancien style. La cour de Louis XV les admirait encore, alors que le génie de Scarlatti, et plus tard celui de Leo, de Pergolèse et de plusieurs autres grands artistes de l’Italie eurent imprimé au drame musical plus de mouvement, plus d’expression, de force et de vérité. Paris eut donc un opéra national définitivement constitué par Lulli en 1672, c’est-à-dire plus de quatre-vingts ans après que l’Italie eut joui pour la première fois de ce spectacle.

Ainsi que je l’ai dit, la musique d’église avait perdu en France la majesté de son style ; elle ne pouvait plus exercer d’influence sur les progrès de l’art ; l’établissement de l’Opéra fut donc un événement heureux en ce qu’il ranima le goût de la musique. On lui dut la formation de musiciens d’orchestre et de chanteurs qui n’existaient pas auparavant chez les Français. Ce n’est pas qu’il n’y eût à Paris quelques artistes distingués ; le vieux Couperin, Hardelle, Richard, La Barre, et surtout Chambonnière, étaient d’habiles clavecinistes ; les deux Gauthier, Hémon, Blancrochet, les Du But et Galot pouvaient lutter de talent avec les meilleurs joueurs de luth de l’Europe ; Le Moine, Pinel, De Visé et Hurel brillaient sur le théorbe, instrument difficile qui, malgré sa faible sonorité, était encore employé dans les orchestres pour l’accompagnement ; Francisque Corbette et Valroy étaient renommés comme guitaristes, et la viole avait Hotteman, Sainte-Colombe, Desmarets et Du Buisson. Mais de tous ces talens ne résultait pas la possibilité de former un bon orchestre ; car la plupart des joueurs de violon, de viole et de basse qui composaient même ce qu’on appelait les bandes du roi, étaient si ignorans qu’ils étaient incapables de lire la musique la plus facile. Quant à l’art du chant, on ne savait ce que c’était. Lambert, beau-père de Lulli et auteur de jolis airs, avait de la réputation comme maître à chanter, mais lui-même ne connaissait de cet art que quelques ornemens qui étaient alors de mode, et les gens du monde étaient les seuls qui obtinssent de ses leçons. Lulli fut donc obligé de former ses musiciens d’orchestre et ses