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Page:Fétis - Biographie universelle des musiciens, t1.djvu/243

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DE L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE

chanteurs ; ce fut certainement un des plus grands services qu’il rendit à la musique française.

L’Allemagne, moins connue que l’Italie des nations européennes par ses productions d’art, n’exerça pendant le dix-septième siècle qu’une médiocre influence sur les progrès généraux de la musique ; pourtant, elle renfermait de grands musiciens dans plus d’un genre. Aux organistes remarquables qu’elle a produits à cette époque, et dont j’ai cité les noms, il faut ajouter ceux de Buttstedt, de Georges Muffat et de Henri Kuhnau. Walther n’était pas le seul compositeur pour le violon qui eût vu le jour dans la Germanie ; avant lui, Jean Schop de Hambourg avait publié, dès 1640 et 1644, un recueil de pavanes, de gaillardes, d’allemandes, et trente concerts pour cet instrument ; Dietrich Becker, de la même ville, avait donné, en 1668, des sonates pour violon, basse de viole et basse continue. Nicolas Hasse, de Rostoch ; Biber, de Salzbourg, le plus habile de tous ces virtuoses ; le Silésien Finger et Schweiffelbut, d’Augsbourg, firent aussi paraître antérieurement à 1690 un assez grand nombre d’œuvres de sonates et de solos pour le violon ; enfin, et ceci n’est pas moins digne d’attention, les premiers quatuors pour deux violons, viole et basse furent publiés à Brème, en 1662, par un amateur nommé Conrad Stencken[1].

Henri Schûtz, homme doué d’un génie original et d’un savoir profond, avait fait connaître à ses compatriotes, dès la première partie du dix-septième siècle, des nouveautés d’un caractère dramatique. Ces innovations semblaient devoir conduire rapidement les Allemands à la connaissance de l’opéra, mais il en fut à cet égard de l’Allemagne comme de la France : car ce fut par l’opéra italien qu’ils s’instruisirent à appliquer la musique au drame : et dans le temps même où Lulli faisait entendre à la cour de Louis XIV les premiers opéras composés sur des paroles françaises, Theiles donnait à Hambourg (en 1678) une sorte de drame musical fort imparfait sous le titre d’Adam et Ève, en allemand, puis Orontes, dans la même année. Ce musicien fut imité ensuite par plusieurs autres compositeurs, parmi lesquels on remarque Strunck, Franck, Fœrtsch, et Cousser. Mais tous ces hommes obscurs

  1. On ne peut considérer comme de véritables quatuors les Riccercari à quattro publiés par André Gabrieli, en 1589 à Venise ; ces pièces sont du style des fantaisies de cette époque. D’ailleurs ce n’est pas le violon qui en joue la partie supérieure, mais la viole à cinq cordes.